La tonte des crias

La tonte des alpagas de l’élevage a lieu courant mai chaque année, mais désormais je prends soin aussi, quand c’est possible, de faire une première tonte estivale à mes crias du début de saison.

C’est une pratique courante chez beaucoup d’éleveurs à l’étranger, mais encore très confidentielle en France, le manque de tondeurs expliquant sans doute cela.
Tondre soi-même donne une souplesse dans le choix de la date de tonte, afin de s’adapter à la météo et à l’âge des crias, le tout dans un minimum de stress.

Tondre un cria (à partir de 3 semaines d’âge) permet de favoriser sa croissance et son bien-être en le délestant d’une toison déjà bien longue à la naissance et vite encombrante, surtout avec un été caniculaire comme cette année.
De plus pour nous qui travaillons la laine, une toison de cria non tondu est quasiment impossible à trier correctement, l’extrémité des poils qui a baigné dans le liquide amniotique est fourchue et retient toutes les saletés, comme du velcro.

Voici la page que je viens de consacrer à ce sujet : la tonte des crias

Travaux d’été

Malgré la canicule qui pousserait bien à prendre un livre pour se prélasser à l’ombre d’un chêne, les travaux ne s’arrête pas avec l’été sur la ferme, loin de là !

Le foin à peine terminé il faut, comme chaque année entre mi-juin et mi-juillet, s’attaquer au nettoyage des parcelles pâturées, car les alpagas délaissent de nombreuses adventices qui prolifèrent et deviennent invasives si on ne les élimine pas (on peut le voir sur cette photo prise dans la pâture des femelles suitées le 8 juillet !), et entretenir les haies qui débordent elles aussi de plantes gênantes.
Comme je fonctionne sans aucun traitement chimique sur mes sols, tout ce nettoyage se fait de façon manuelle : arrachage soigné de certaines espèces qu’on veut éviter de laisser grainer sur les sols (parelles, seneçons) ; coupe aux cisailles ou au sécateur pour les haies ; broyage mécanique à la débroussailleuse portée (à lame et à fil) pour les bordures de champ et au gyrobroyeur attelé au tracteur pour les pâtures…
Et croyez-moi, ce sont des heures et des heures de travail pour parcourir une bonne dizaine d’hectares et nettoyer des centaines de mètres de haies !

Entre autres, les étapes du travail consistent à :

– faucher les orties, que les alpagas adorent venir dévorer une fois qu’elles sont à terre (j’entretiens volontairement des zones de pousse d’orties, car ces plantes riches en minéraux sont un excellent apport pour les animaux)

– arracher, pied par pied, à la main, les envahissantes parelles (ou rumex). Plantes certes supposées favorables à l’aération des sols, mais dont les graines très résistantes ont vite fait de transformer une prairie en jachère irrécupérable si on n’y prend garde. Cet arrachage est épuisant, car ces herbes ont de longues racines pivotantes, et il faut parfois juste se résigner à couper la tige à la base, juste pour l’empêcher de grainer.

– repérer et arracher avec soin le séneçon jacobée, qui pousse de façon complètement aléatoire en pieds isolés, reconnaissable à sa longue tige violacée, ses feuilles dentelées et ses fleurs jaunes bien découpées. Cette plante toxique prolifère sur les bords de routes sans que l’on s’en inquiète, et colonise ensuite les champs avoisinants grâce au vent ou transportée par les véhicules agricoles 🙁  Les alpagas ne la consomment pas sur pied, mais, comme les éleveurs équins, j’ai la hantise de la voir se développer sur mes prairies, et d’en retrouver dans le foin, car la dessication augmente sa toxicité, les alcaloïdes qu’elle contient détruisent progressivement le foie de manière irréversible.
Pour info, je stocke soigneusement parelles et seneçons dans de grands bacs que j’amène à la déchetterie : les graines de parelles, par exemple, résistent des dizaines d’années, même à la sécheresse et au compostage !

– inspecter toutes les clôtures bordées de haies pour éliminer les débordements de ronces et d’aubépines au-dessus et entre les mailles des grillages : le but est de maintenir la haie en retrait du grillage, mais aussi de protéger les alpagas qui peuvent, avec la repousse de leur laine en automne, être piégés par ces longues ronces aux épines agressives en se les entortillant autour de la tête et du cou et, dans des cas extrêmes, pour les jeunes surtout, s’étrangler.

– organiser un broyage méthodique des boutons d’or, de la porcelle, de diverses herbes non souhaitées, mais surtout des chardons, incroyablement nombreux cette année. Le chardon ne présente aucune toxicité, bien au contraire : cette plante a de nombreuses vertus médicinales, mais elle n’est pas consommée sur pied par les animaux, et ses graines qui peuvent être disséminées par le vent à des kilomètres de distance la rendent terriblement invasive pour les prairies et sols cultivés, au point que le code rural fait obligation de couper les chardons avant mi-juillet. 

Ouf, je peux écrire tout ça maintenant parce que cette partie-là du travail est (presque) terminée pour cette année ! Mais vous imaginez bien que faire tout ça sous les chaleurs extrêmes que l’on subit actuellement, avec mon petit matériel, n’est pas de tout repos (pas de tracteur à cabine ventilée et climatisée, ici : mon tracteur a le même âge que moi( hum) et il n’a même pas de cabine !!! J’ai l’impression d’avoir passé une semaine enfermée dans une cabine à UV !

Et bien entendu, l’été c’est aussi la réfection des grillages abîmées par ces chers alpagas qui adorent se jeter dedans latéralement pour se gratter…

Et c’est le ré-aménagement perpétuel des bâtiments pour améliorer en permanence le confort de ces messieurs-dames…
Dernier travail en date : la dalle de béton que je promettais depuis des mois aux p’tits gars pour leur écurie où l’eau s’infiltre à chaque grosse pluie : une vingtaine de m² (13 sacs de ciment, plus de 150 seaux de sable et de gravier remplis et vidés dans ma petite bétonnière, une quarantaine de brouettes de béton charriées… Merci à mes aides qui ont trimé dans la chaleur en ce 14 juillet !)

 

Juin en dents de scie

Entre la canicule et les orages violents qui ont apporté grêle, vent et inondation des écuries à plusieurs reprises, la période mi-mai/mi-juin n’a pas été de tout repos cette année !

Par chance un créneau favorable a permis de faire une récolte d’excellent foin (moitié en petites bottes, moitié en rounds), l’alimentation de l’année à venir est assurée pour ma petite troupe !

La fenaison est toujours une période aussi stressante, surtout quand le vieux matériel semble chaque année sur le point de rendre l’âme…
Une fois le foin rentré, l’adrénaline retombe et, pendant quelques jours, difficile de retrouver l’énergie pour les multiples travaux qui ponctuent le quotidien d’une ferme !

Et les naissances continuent gentiment à ponctuer le printemps, les filles ont eu la sagesse de respecter mes consignes et d’attendre la fin des foins pour se libérer de leur fardeau ! C’est étonnant cette année, malgré l’absence d’hiver rigoureux la durée moyenne des gestations est beaucoup plus longue que les années précédentes, aucune n’a duré moins de 11 mois, plusieurs tutoient les 12 mois… Cette météo en folie perturbe les animaux autant que nous ! 🙁

Mai/juin est aussi une période d’intensification des multiples coups de fil et mails que tous les éleveurs connaissent bien… Les raisons en sont multiples.
Parfois c’est juste un mot sympa pour me remercier des infos que je mets sur mon site, ou pour m’encourager (mon dieu que ces messages font plaisir !), ou bien pour donner des nouvelles d’animaux vendus (ça aussi, quel bonheur de savoir ce que deviennent mes loulous !). Ou des questions concernant la laine et les stages.

Le plus souvent, bien sûr, les demandes portent sur l’élevage…
Il y a bien sûr les demandes de visite qui explosent avec la belle saison… Répondre aimablement (même quand l’interlocuteur déçu se montre désagréable) que les visites se font uniquement suivant un planning précis, et que oui, elles sont payantes… Il faut parfois expliquer qu’un élevage n’est pas un parc d’attraction accessible 7 jours sur 7, que c’est un lieu de travail où on ne peut accueillir à la demande toute personne qui veut satisfaire sa curiosité ou montrer des alpagas au petit dernier…
Il y a les personnes désirant se renseigner sur les alpagas pour en acquérir. Rien de plus normal pour l’éleveur que ces contacts heureusement le plus souvent sympathiques et constructifs, mais parfois au bout du fil ou du clavier la personne ne semble pas toujours consciente qu’elle se renseigne sur un animal soigné au quotidien, et non sur une paire de chaussure stockée sur une étagère dans un placard ; et qu’un alpaga élevé et éduqué avec soin par un professionnel soumis à des charges et à la TVA ne peut pas être vendu au prix d’une peluche à la foire du Trône 🙁
Et il y a aussi (et de plus en plus souvent) les personnes qui ont acheté des lamas et/ou alpagas à des maquignons, sans aucun conseil ni suivi, cédant sur un coup de tête à une mode et à un vendeur sans scrupules (merci en particulier les zoos et parcs animaliers qui font n’importe quoi dans ce domaine, c’est lamentable, je vais faire un article là-dessus bientôt !). Personnes qui se retrouvent débordées par une maladie de leur pauvre alpaga (qui vit seul, ou en couple, ou avec des chèvres – toutes situations qui génèrent fréquemment hélas de graves soucis), par un comportement problématique, par une naissance impréparée…
Personnes dont le vendeur est bien entendu aux abonnés absents, injoignable depuis l’instant où la vente a été conclue (ce type de vendeurs est d’ailleurs le plus souvent incapable de conseiller correctement, de toutes façons)…
Personnes qui savent bien, cette fois, trouver sur Internet les coordonnées d’un éleveur professionnel pour demander de l’aide. C’est notre boulot, nous dit-on !

J’aide toujours quand il s’agit d’une vraie urgence, beaucoup peuvent en témoigner. L’entraide est importante car parfois même avec une formation correcte ou une bonne expérience on rencontre un problème qu’on ne peut résoudre sans faire appel à un réseau.
Mais j’en ai marre de jouer au conseiller de service toujours disponible pour les personnes qui n’ont pas pris le temps de réfléchir et de se former un minimum avant d’acheter le premier animal venu ou de s’improviser éleveur sans aucune connaissance 🙁
Je suis désolée, mais notre boulot d’éleveur n’est pas d’être à disposition 24h/24 de ceux qui nous prennent pour des imbéciles…
Le bénévolat, j’en fais, pour les alpagas et dans d’autres domaines, mais comme tout un chacun je choisis pour qui et pour quoi je donne mon temps, je n’aime pas qu’on me l’impose. Alors quand il s’agit d’exploiter mes compétences professionnelles, là aussi, comme tout un chacun, je souhaite une juste rémunération de mon travail…

Crias 2022, c’est parti !

Avec la tonte et les travaux de printemps, j‘ai pris un peu de retard pour célébrer l’arrivée des premiers crias de la saison, je me rattrape !

Léonie a ouvert le bal le 19 avril avec un magnifique cria mâle fauve clair, fils de JJ, au superbe phénotype et dont la fibre s’affirme déjà de très belle qualité. Un beau petit mec qui frime beaucoup.

A la date d’aujourd’hui, 19 mai, pile un mois plus tard, ce sont 8 crias qui foulent l’herbe de printemps (quand la succession d’orages et la forte chaleur ne m’obligent pas à les garder à l’intérieur).
La parité est respectée : 4 mâles et 4 femelles
Les femelles étaient parties pour emporter ce début de partie, mais hélas ma jolie Roxane a eu une petite femelle mort-née, tard en soirée, alors que je m’étais brièvement absentée pour des travaux de clôture. Je ne saurai jamais s’il m’aurait été donné de sauver ce bébé, si j’avais été présente. Les lois de l’élevage sont parfois cruelles 🙁

Les crias de l’année sont présentés sur la page Naissances 2022 à mesure qu’ils pointent le bout de leur nez… dès que je leur ai trouvé un nom de baptême !

Tonte 2022

Début mai, deux journées intenses ont été consacrées à la tonte, comme chaque année : avec l’aide d’une équipe efficace, 60 alpagas ont été tondus en 2 jours par Pascal, tondeur émérite qui vient à Kerla depuis la création de l’élevage en 2012. J’ai gardé pour plus tard un petit groupe de femelles sur le point de mettre bas, que je ferai moi-même au fur et à mesure des naissances.

Calme, douceur et sérénité permettent d’avoir des alpagas zen, non stressés, et aussi coopératifs que possible : très peu de protestations, de cris, de crachats, rien à voir avec les tontes des toutes premières année 🙂  c’est un bonheur de mesurer les progrès accomplis dans la gestion des alpagas et la relation instaurée avec eux 🙂

Merci à Philippe, l’ami fidèle, à Bernard, Eric, et à l’équipe de la Maison de la Maille pour l’aide apportée pendant ces deux journées qui sont essentielles dans la vie de l’élevage.

Premières tontes

LÉONIE et son cria URAGAN

Cette semaine, j’ai ressorti tondeuses, peignes et ciseaux pour tondre les 3 mamans de ce début de printemps : la fatigue de la mise-bas, l’énergie débordante des crias et l’organisme fortement sollicité pour la production de bon lait, tout cela rend l’épaisse toison plus difficile à supporter pour les nouvelles mamans que pour les femelles en fin de gestation, qui peuvent rester affalées au frais toute la journée.

Grâce à l’aide de ma stagiaire Laura, ainsi que d’Isabelle et Julien en visite jeudi, j’ai pu tondre sereinement Qalypso, Léonie et Pitchoune, qui en éprouvent visiblement un grand soulagement !

Pour la plupart des alpagas, la tonte sera la semaine prochaine, avec Pascal, tondeur émérite qui assure la tonte à KerLA depuis 2013.

PITCHOUNE et son bébé ULIX

Cependant je me réserve les femelles proches de la mise-bas, que je tondrai après les naissances : je n’ose plus faire tondre celles qui sont à moins d’un mois du terme, le risque de naissance prématurée est trop élevé, je l’ai vécu deux fois ces dernières années.

 

 

Un super stage ce week-end

Ce week-end de Pâques, une douzaine de passionnés de petits camélidés avaient rendez-vous à KerLA pour un stage inédit sur les « Soins aux alpagas ».

Deux journées riches et passionnantes, animés par Frederik Vandenberghe, vétérinaire de l’élevage KerLA et ostéopathe, et par moi-même pour le point de vue de l’éleveur.

Beaucoup d’échanges, des contenus pointus mais des explications claires et précises, beaucoup d’humour et de rires, des ateliers pratiques (dont deux belles démonstrations de manipulations ostéo), une chouette ambiance et des horaires à rallonge… Bref tout ce qu’on aime dans un stage ! Et en bonus une météo idéale !

Merci à Frederik, et merci à tous les participants dont certains sont venus de très loin (trois personnes de Belgique).

Une première édition très réussie !

D’autres stages devraient suivre sur ce sujet essentiel du bien-être et des soins adaptés à nos chers alpagas, qui souffrent en France de la méconnaissance terrible de beaucoup de détenteurs et éleveurs.

 

 

 

L’année avance…

L’année avance, et moi je prends un sérieux retard dans mon fil d’actualité !
Travail non stop sur la ferme, toujours et encore : soins aux alpagas, changements de pâtures, sevrages, éducation des jeunes, nettoyage quotidien, clôtures, travaux d’entretien divers et variés qui font la vie d’un élevage….sans parler de la paperasse administrative (pas encore fini ma compta 2021, la galère !), de la communication avec les clients, stagiaires ou réponses à toutes sortes de demandes…
Bref, seule face à tout ça, je passe mon temps à sérier les urgences 😉

L’arrivée du printemps annonce des phases essentielles dans la vie de l’élevage : la tonte, pour délester les loulous de leur épaisse toison avant l’arrivée des fortes chaleurs, et bien sûr les premières naissances (prévues pour avril, donc très bientôt maintenant).

La tonte aura lieu début mai avec le tondeur spécialisé en alpagas Pascal Méheust, qui vient à KerLA depuis 2013. J’assurerai également, avant et après sa venue, la tonte de quelques alpagas. Si vous êtes curieux de découvrir ce moment important de la vie de l’élevage, n’hésitez pas à me contacter, les bonnes volontés et les coups de main sont toujours bienvenus 🙂

De gauche à droite au 1er plan : Qalypso, Hirondelle et Rea. Au fond : Pitchoune et Phantasia. Futures mamans du printemps…

Les crias seront comme d’habitude présentés, au fur et à mesure de leur arrivée, sur la page dédiée de ce site (naissance 2022), mais aussi sur ma page Facebook kerla-alpagas.
Les futures mamans, en attendant les heureux événements, se prélassent dans leur parc de maternité, sous mes fenêtres. Je les surveille plusieurs fois par heure, car même si la durée de gestation moyenne est de 11 mois 11 jours, des arrivées prématurées doivent toujours être envisagées, et dans ce cas il faut souvent des soins assidus pour assurer la survie du bébé.

 

Stage exceptionnel en avril !

Un stage exceptionnel est proposé en avril prochain aux passionnés d’alpagas qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur les soins vétérinaires, le suivi sanitaire de leurs animaux, et découvrir l’intérêt de l’ostéopathie :
16 & 17 AVRIL 2022 : stage « SOINS AUX ALPAGAS »
organisé en collaboration avec l’AFLA (Association Française Lamas et Alpagas)
animé par Frederik VANDENBERGHE, vétérinaire-ostéopathe
qui suit l’élevage KerLA.

  • DATE : WE de Pâques (16 et 17 avril)
  • CONTENU : les conseils croisés d’un éleveur et d’un vétérinaire pour gérer au mieux la santé de vos alpagas (et lamas) :
    • alimentation, parasitisme, reproduction, problèmes courants et moins courants, cas particuliers à connaître, traitements spécifiques, importance de l’ostéopathie pour les alpagas…
    • études de cas
    • ateliers pratiques
    • vos questions
  • Nombre de participants : 10/12
  • TARIF 2 jours : adhérents AFLA : 180€  / non adhérents AFLA : 200€
  • HORAIRES : 10h-17h00
  • PUBLIC : passionnés / propriétaires / éleveurs / soigneurs animaliers et vétérinaires.
  • Me contacter pour infos et pour recevoir la fiche d’inscription

Bonne année 2022

En espérant que 2022 apportera plus de positif et d’espoir dans ce monde qui sombre dans la folie, les excès en tous genres et la destruction accélérée de la planète.
On peut toujours rêver…

 

Bilan 2021

Au rythme où je complète les actualités de ce Blog depuis quelques mois, cet article risque fort d’être le dernier de 2021 ! Alors j’en profite pour un petit bilan pêle-mêle de cette année en demi-teinte et bien compliquée…

Le contexte général, pas la peine que je le décrive, tout le monde est dans le même bateau de cette folie Covid et d’un monde qui change à vitesse grand V, avec une société dont l’évolution me semble à la fois fascinante et effrayante. Plus que jamais je suis contente de mener cette vie isolée au fond de mon coin de campagne, loin, très loin de l’agitation ambiante, mais où Internet me permet évidemment de ne pas perdre le fil des événements.

Au niveau de l’élevage, l’année a été usante physiquement et moralement, avec une succession de problèmes incompréhensibles autour des mise-bas : torsions utérines à répétition, dystocies, crias au biberon… Je n’ai jamais vu une telle accumulation de coups du sort en 10 ans d’élevage ! Heureusement l’expérience acquise m’a permis de contrarier ce sort plus d’une fois cette saison, mais j’ose espérer que la loi des séries est satisfaite de s’être déchaînée sur ma petite ferme, d’avoir éprouvé ma résistance, et me laissera plus tranquille à l’avenir, car je ne me sens plus la force de revivre une année pareille 🙁

Sur un plan positif, cette saison semée d’embûches m’a aussi offert de magnifiques crias très prometteurs, mâles et femelles à égalité 🙂 

Et cette année a été plus riche que jamais de rencontres passionnantes, avec les clients venus m’acheter des animaux, ainsi qu’avec les participants aux stages que j’ai proposés tout au long de l’année (stages qui ont quasiment tous affiché complet, et où sans exception l’ambiance de travail a été conviviale et sympathique) !

Ces rencontres sont importantes pour moi, car elles rompent mon isolement géographique et social, et la plupart du temps je garde d’excellents contacts, voire des liens amicaux, avec clients et stagiaires. Je reste à disposition permanente pour le suivi des animaux, et pour les questions qui peuvent venir après les stages, notamment sur les techniques de travail de la laine. J’adore recevoir des nouvelles des animaux vendus, des photos des réalisations faites avec mes laines, des travaux de filages faits par mes anciens stagiaires, et bien sûr des activités professionnelles créées par les uns ou les autres suite aux formations faites chez moi (c’est une énorme satisfaction, vous vous en doutez).

Hélas, comme ça arrive à tous les éleveurs, certains acheteurs (rares, heureusement) ne me voient que comme une source d’infos open bar permanente et gratuite : ces clients-là ne font surtout pas mention de l’éleveur de leurs animaux sur les réseaux et du suivi que je leur apporte, ne font pas l’effort d’un avis sur leur expérience auprès de moi, mais en revanche ils n’hésitent pas à abuser de la situation par des exigences d’infos et de conseils bien au-delà du suivi des animaux acquis … Parfois il faut mettre le holà et faire comprendre que la disponibilité a des limites, et là c’est mal perçu, je deviens la méchante 🙁

Je m’efforce pourtant d’être disponible 24h/24 pour toute demande urgente concernant les animaux, même s’ils ne viennent pas de chez moi, c’est déjà beaucoup de temps offert chaque semaine. Je participe aussi activement aux forums spécialisés.

Mais est-ce difficile à comprendre qu’être éleveur professionnel et publier beaucoup d’infos sur mon site ne signifie pas que je suis pour autant à disposition de chacun pour la moindre demande ayant plus ou moins trait aux petits camélidés ou au travail de la laine ? Je dois me préserver, et de plus en plus, car à mesure que les années passent la fatigue s’installe… Je suis seule sur la ferme pour assurer toutes les tâches de A à Z, et je consacre beaucoup de temps et d’énergie à acquérir et compléter ces connaissances professionnelles qu’on me demande ensuite d’offrir sur un plateau indifféremment par téléphone, par mail, par SMS, par Messenger… C’est frustrant et usant d’être sollicitée pour répondre à de longues listes de questions, par écrit ou par téléphone, soumises par des inconnus parfois à peine polis dans leur demande, ou pour répondre à des questions basiques qu’une simple recherche sur Google aurait élucidée, et dont les réponses sont souvent déjà sur mon site…

C’est pourquoi j’envisage (sur les conseils avisés d’amis et de proches), de proposer bientôt un service de conseils payants, par téléphone ou en visio, selon les besoins. Cela me permettra de prendre le temps nécessaire pour répondre de manière détaillée aux questions relatives à l’élevage d’alpagas ou au travail de la laine (sauf bien sûr celles relevant du suivi ds animaux vendus, d’urgences, ou d’échanges de compétences entre éleveurs pro).

Après tout, quand j’ai besoin d’aide en informatique, je souscris à un forfait de formation auprès d’un entrepreneur en conseil à distance : je paie son temps de travail et ses compétences, et c’est tout à fait normal ! Pourquoi devrais-je offrir (souvent sans remerciement en retour) mes propres connaissances professionnelles parfois si chèrement acquises ?

 

 

Été indien

Chaque année je me dis qu’à l’automne, une fois les naissances terminées, j’aurai davantage de temps pour me consacrer aux travaux d’entretien de la ferme, au travail de la laine, aux déplacements que je reporte sans cesse…

Et puis chaque année à l’automne, le temps disponible semble se réduire, à l’aune de la durée du jour…

ROSÉE et son adorable THALIE, dernier cria de l’année

Plus de naissances pour cette année, certes (la dernière a eu lieu mi-octobre, ma belle Rosée a tenu à me faire patienter avant de me laisser découvrir l’adorable petite femelle blanche qu’elle concoctait), mais une multitude de travaux tous plus urgents les uns que les autres, en particulier sur les clôtures : 10 ans, c’est la moyenne de durée vie des piquets dans dans ce sol argileux… Et comme la plus grande partie des clôtures ont été posées à l’installation, tout se trouve à refaire en même temps.

Donc depuis 2 ans, ma priorité à l’automne et au printemps est de reprendre les clôtures, parc après parc. Sans main d’oeuvre et sans gros matériel, avec juste une cloche pour enfoncer les nouveaux piquets, autant dire que c’est un travail de longue haleine et épuisant. Mais je n’ai pas le choix.

Et comme chaque automne aussi, avec les accès de mauvais temps, des problèmes ou des insuffisances se révèlent au niveau des abris et des bâtiments : courants d’air, protection insuffisante, infiltration d’eau quand il pleut fortement… Il faut y remédier au cas par cas, pour le confort des animaux… Je sais ce que seront mes travaux hivernaux cette année ! Moi qui espérais pouvoir enfin me consacrer à des améliorations à l’intérieur de la maison, ce sera encore reporté 🙁  Je viens de passer le week-end dernier à remanier les pignons de l’écurie des filles, profitant de ce qu’il n’y avait pas de stage.

Car cette automne est aussi ponctuée par un nombre inhabituel de stages de 1 ou 2 jours : rattrapage des stages reportés par le COVID en 2020 et début 2021, mais aussi forte demande, aussi bien pour les stages de découverte des alpagas que pour les stages laine. Bien sûr je ne vais pas m’en plaindre : j’adore ces week-end d’échange et de convivialité, occasion de rencontres étonnantes et passionnantes. Ces journées de stage finissent souvent bien au-delà des horaires établis, et en conséquence je dois assurer les soins aux animaux très tôt et très tard dans la journée, et j’ai aussi un gros travail de nettoyage des écuries les lundis après les stages. C’est un rythme épuisant, mais tant que physiquement et moralement je m’en sens capable, je continue.

Et pour terminer avec les animaux, puisqu’ils sont le coeur de l’activité, sa raison d’être et aussi ma raison de vivre, il me fallait cet automne décider des alpagas à proposer à la vente. Des décisions toujours très difficiles à prendre. Si je le pouvais, je ne vendrais aucun d’entre eux, je le répète souvent. Mais je suis éleveur, j’ai des charges à payer, je dois vivre de mon activité… Je ne fais naître qu’un nombre d’animaux correspondant aux besoins de mon activité, je ne cherche surtout pas à multiplier les naissances, à produire inutilement et à vendre pour vendre, et par bonheur je travaille avec une clientèle qui s’informe, prend très au sérieux la qualité de vie à apporter aux alpagas, et mes loulous sont bien partout où ils vont, c’est essentiel pour moi.

Les partants de cette fin d’année sont les jeunes mâles que j’ai fait castrer à l’automne, tous à destination loisir dans de très bonnes maisons (en Vendée et en Aveyron), et des jeunes femelles qui partent rejoindre un élevage dans l’Allier. Pour les autres, on attendra le printemps 🙂

SAXO de la Montagne, né en juillet 2019, fils d’ARTEMIS du Fontenelle : un jeune entier très prometteur

Et je n’oublie pas de présenter le petit nouveau dans l’élevage, une arrivée imprévue liée à un concours de circonstances, mais tout à fait bienvenue : le magnifique Saxo de la Montagne, mâle de 2 ans 1/2 aux origines excellentes (fils du triple suprême champion Artémis du Fontenelle), qui je l’espère pourra commencer sa carrière de reproducteur au printemps 2022 🙂

 

Déjà l’automne…

Comme toujours le temps file trop vite, mon dernier post date déjà de 5 semaines et l’été s’est envolé dans la pluie et la tempête de ces derniers jours… Difficile de tenir le site à jour avec les travaux qui m’accaparent sur la ferme, je n’en vois jamais le bout !

TAZZ, le bébé de Reine, né à 10 mois 1/2 : une minuscule crevette de 4,1kg !

Les naissances sont presque terminées, je n’attends plus que Rosée qui s’offre le plaisir d’une gestation de longueur classique, alors que Tazz, le cria de Reine dont la gestation a pourtant débuté le même jour que Rosée, a fêté hier ses 15 jours ! Mais ce petit bonhomme était très prématuré et sa survie n’était pas assurée pendant les 2 premiers jours. Alors à tout prendre je préfère patienter et avoir un cria à terme et d’un poids viable, il y a déjà suffisamment de soucis potentiels autour des mise-bas. Surtout cette année !

L’automne, ce sont aussi les stages qui reprennent : stages de découverte de la laine, et stages sur les alpagas. Toujours de très bon moments 🙂 Je retrouve le plaisir de transmettre (eh oui, 25 ans d’enseignement, ça laisse des traces…), et j’ai la chance, depuis 6 années que je propose ces formations sur la ferme, de n’avoir reçu que des personnes motivées et sympas, d’avoir vécu de belles expériences et même d’avoir lié des amitiés !

Le dernier week-end de septembre, par exemple, chouette stage de deux jours sur les alpagas (découverte et approfondissement), avec 7 participants. La météo capricieuse a juste impliqué quelques changements dans l’ordre du programme pour passer entre les gouttes pour les activités en extérieur.

Je place la plupart de mes stages en début de printemps et à l’automne afin de ne pas trop empiéter sur la saison des naissances, car il est compliqué de consacrer des journées entières aux stagiaires quand les mamans et les bébés demandent une attention accrue. Étant seule sur la ferme, je ne peux être partout en même temps et je dois donc privilégier les activités d’élevage entre fin avril et mi-septembre. Raison pour laquelle aussi je ne fais quasiment plus de visites de simple découverte de la ferme, car les demandes sont concentrées sur la période où il m’est difficile d’être disponible, et c’est très chronophage.

Mais c’est parfois difficile de faire accepter ces contraintes aux personnes qui souhaitent visiter, de leur faire comprendre que je tiens un élevage et non un zoo ou un parc d’attraction pour les enfants… Il m’arrive même parfois de me faire agresser verbalement parce que je ne peux faire visiter mon élevage à la demande ! Drôle de monde quand même 🙁

 

 

 

 

Triste jour

Pour les amoureux des alpagas, ce 31 août a été un triste jour : Géronimo, magnifique alpaga noir symbole de la lutte contre les absurdités de l’administration au Royaume-Uni, est mort.
Il a été exécuté par les brutes épaisses de DEFRA (organisme dépendant du ministère de l’agriculture anglais), dans des conditions horribles.
Géronimo avait été testé positif à la TB en septembre 2017, via un test totalement inadapté pour les alpagas : ce test, conçu pour les bovins, est déjà susceptible de donner des faux positifs chez les alpagas (du fait de leur particularités physiologiques) quand il est pratiqué « dans les règles ». Or dans le cas du pauvre Géronimo, il a été pratiqué après 5 tuberculinations préalables en 18 mois (avant et après son exportation de Nouvelle-Zélande). La tuberculination cutanée est sensée « stimuler » la réaction au test sanguin… Avec 5 doses, le pauvre Géronimo allait forcément avoir un résultat positif, même les vétérinaires du collège Royal anglais en ont convenu !
Depuis 4 ans, Géronimo vivait en isolement chez sa propriétaire, un éleveur réputé. Il était en parfaite santé, et tous les recours administratifs et juridiques ont été tentés pour obtenir sa grâce. Sa propriétaire demandait simplement qu’un nouveau test soit effectué dans des conditions correctes, et elle se plierait au résultat  Il faut savoir qu’elle n’avait pas le droit de faire réaliser ce test à son compte, sans l’autorisation de DEFRA, sous peine de prison !!!
Hélas tous les recours ont été rejetés, malgré l’énorme soutien populaire apporté ces dernières semaines à la cause, dont une pétition de plus de 120000 signataires et l’appui de voix scientifiques dénonçant publiquement les conditions des tests de 2017.
Géronimo devait mourir avant le 4 septembre…
Ce 31 août ils l’ont exécuté dans des conditions ignobles, un véritable supplice pour l’animal et pour son entourage.
Une escouade de 30 policiers est venue encadrer des hommes de mains en combinaison ridicule chargés du sale boulot (impossible d’imaginer que ce soient des vétérinaires qui ont manipulé un alpaga de cette manière !).
Ils ont arraché Géronimo à sa propriétaire sous les yeux des journalistes et des témoins impuissants et révoltés.
Ils ont enroulé autour de ses naseaux un licol de fortune qui l’empêchait de respirer (cette horrible photo va hanter tous ceux qui connaissent un peu les alpagas et la fragilité de leur nez).
Ils ont traîné sans ménagement le pauvre animal terrifié et hurlant (les videos de la scène ont inondé FB), jusqu’à un van où ils l’ont chargé en force, et où ils l’ont attaché très haut à un anneau, avec ce licol qui lui coupait la respiration, l’empêchant de se coucher alors qu’un alpaga voyage toujours couché.
Géronimo est-il mort dans le van avant d’arriver à destination, à cause de ce traitement inhumain, comme beaucoup le supposent ? Comment l’ont-ils sacrifié sur l’autel d’une science truquée ? On ne peut qu’imaginer la terreur vécue par le pauvre animal dans ses derniers moments, aux mains de bouchers insensibles et cruels totalement incompétents pour manipuler un alpaga de manière éthique, même au moment de l’envoyer à la mort.
L’administration a ensuite refusé que la vétérinaire de la propriétaire ou un témoin neutre assiste à l’autopsie pour s’assurer que les résultats ne seraient pas trafiqués : voyons, DEFRA ne peut pas perdre la face en découvrant devant témoin que Géronimo n’a aucune lésion de TB en lui, n’est-ce pas ?  Tout le monde se doute bien que la conclusion des analyses sera truquée.
Pour les éleveurs et propriétaires d’alpagas (et de lamas), au-delà d’une triste histoire, c’est une menace considérable qui se dessine : alors qu’en France les alpagas sont considérés jusque là comme quantité négligeable, méconnus de l’administration, que personne ne se soucie de faire appliquer le peu de règlementation existante et que le grand n’importe quoi règne dans l’élevage, une directive européenne à venir prévoit d’imposer bientôt une obligation de test tuberculose sur les petits camélidés.
Or en France, actuellement, seule la tuberculination cutanée bovine est utilisable. Chez les petits camélidés, du fait de leur métabolisme spécifique, ce test donne allègrement faux positifs et faux négatifs. On le sait, l’administration le sait. Autant dire que ce test n’a aucune valeur, et surtout qu’il véhicule une menace considérable : selon notre législation, en cas de test positif sur un individu, c’est tout le troupeau qui est abattu en prévention ! Vous imaginez un peu ?
Partout l’administration et les politiques se protègent, en prétendant oeuvrer pour le bien commun. Ils se moquent royalement de massacrer allègrement des animaux sains, pour peu que les apparences soient sauvegardées et qu’ils donnent l’illusion à une majorité de personnes mal informées de bien faire leur travail…
C’est maintenant qu’il faut bouger et s’organiser, pas quand une réglementation pondue par des fonctionnaires qui n’ont jamais approché un petit camélidé et ignorent tout de leurs particularités nous tombera dessus 🙁

Drôle d’été 2021

Pour beaucoup, cet été 2021 restera associé à une météo terriblement capricieuse qui a perturbé nombre d’activités et causé des drames terribles dans certaines régions de France et d’Europe (inondations, incendies…).

Ici à KerLA, pas de perturbations excessives, mais humidité, vent et nuits froides ont compliqué la gestion des naissances et des crias.

Séneçon jacobée – une plante toxique à traquer dans les pâtures et surtout les prairies à foin.

Les brèves fenêtres de beau temps chaud ont toutefois permis une récolte de foin abondante (bien que tardive pour la 2e tournée), et l’herbe n’a pas manqué aux animaux, bien au contraire ! Il a même fallu passer et repasser le gyro et la débroussailleuse un grand nombre de fois pour lutter contre les advantices en folie, alors qu’en général à partir de fin juin plus besoin 🙁  Des espèces inhabituelles dans mes pâtures ont proliféré, comme la porcelle enracinée ou le séneçon – que je traque impitoyablement pour sa toxicité extrême. Les pieds de ces mauvaises herbes sont aisés à repérer et à arracher, mais leur nombre ne cesse de croître année après année, car ces plantes (le séneçon en particulier) se multiplient le long des routes et dans les parcelles agricoles vouées au foin sans que personne ne s’en inquiète…

Juillet et août ont été rythmés par l’accueil de plusieurs stages sur les alpagas ou sur la laine. Habituellement j’évite d’en proposer en période de naissances (à l’exception du traditionnel stage laine de début août), mais le report de stages antérieurs à cause des confinements, et la demande, m’ont fait accepter de placer plusieurs dates. La pluie et le vent se sont souvent invités au programme, mais j’ai eu la chance de tomber sur des participants super sympas et motivés que les caprices du ciel n’ont pas perturbés !

J’en profite pour remercier une fois encore toutes ces personnes qui viennent, parfois de très loin, participer à mes stages, et découvrir au passage les jolis villages mayennais alentours (Ste Suzanne, Saulges, St Pierre sur Erve…)

 

Foin 2021

Foin 2021

Réussir la récolte de foin annuelle est un enjeu majeur de la vie de l’élevage, car un foin de qualité et appétent est essentiel à la bonne santé des alpagas.

L’idéal est de pouvoir produire son propre foin, pour maîtriser la qualité, s’assurer de l’absence de plantes toxiques comme le séneçon, et connaître les intrants utilisés :  à KerLA environ 6ha de prairies naturelles sont fauchés chaque année, les seuls intrants sont le fumier des alpagas composté et épandu tous les deux ans (sur les parcelles réservées au foin), et de la chaux sur les parcelles pâturées, pour atténuer l’acidité des sols.

Stockage des rounds sous le hangar

Sur ces parcelles, une partie de la fenaison est assurée par un agriculteur de la commune, en rounds que l’on partage. Certes avec ce système on ne récupère que la moitié de la récolte, mais en principe le partenaire cherche à faire de la qualité, puisqu’il en prend sa part. C’est donc une bonne solution quand on n’a pas de matériel ou de temps pour être autonome. Bien que, les années où sa propre production est importante, le partenaire puisse avoir tendance à négliger le foin fait en partage : moins de fanage, moins d’attention à la météo, recherche de gain de temps au détriment de la qualité…   Mais quoiqu’il en soit ce système reste plus sûr que de se tourner vers une entreprise agricole, j’en ai fait l’amère expérience : quand on n’a pas de grandes surfaces à faire, même avec un statut d’agriculteur, on est placé en bouche-trou dans le planning, et les créneaux de fenaison sont loin d’être les meilleurs !

Bref l’idéal est en fait d’être autonome et de maîtriser la part la plus grande possible de sa production : depuis 2013 je réussis à faire une partie (plus ou moins importante selon les années) de ma récolte en petites bottes de 10/13kg, grâce au vieux matériel de fenaison soigneusement entretenu année après année par mon ami Philippe.

Faneuse-andaineuse Super Strella

Donc chaque année, entre mi-mai et début juillet, c’est le même stress intense… D’ailleurs je ne prends ni stage, ni visite pendant cette période, pour garder mon entière disponibilité et pouvoir réagir en fonction de la météo agricole, que je consulte plusieurs fois par jour. Révision et graissage du matériel (tracteur, barre de coupe, faneuse/andaineuse, presse) ; nettoyage des hangars et mise en place des palettes qui isoleront le foin du sol ; recherche de coups de main pour aider à relever, retourner, rassembler, rentrer et engranger des centaines de petites bottes…

Période de fenaison épuisante physiquement et nerveusement. Pour la première fois cette année j’en ai fait une grande partie seule, et j’ai assumé de bout en bout le processus, du fauchage au pressage, y compris l’épuisant ballet d’attelage/dételage du vieux matériel qui casse le dos et fait perdre des litres de sueur ! Mais j’ai mesuré comme jamais à quel point ce sont des moments privilégiés de rapprochement avec nos racines, avec le sens de la vie, avec la nature. Par moments, seule sur mon tracteur, entre bois et champs, sans personne aux alentours, j’ai eu une sensation de plénitude, de réalisation. Cette herbe que je fauche, fane et mets en bottes, avec ses incroyables parfums, elle assure la nourriture de mes animaux pour l’année à venir, elle contribue à la pérennité de mon activité, et déjà elle renaît, elle repousse à peine coupée (je veille à ne pas faucher trop court pour favoriser cette repousse, surtout dans les parcelles que les animaux vont pâturer pendant l’été)…

Immuable et merveilleux cycle de la nature, simple, rassurant.

Laines encore…

Une ou deux fois par an j’envoie un lot de belles toisons soigneusement triées en micro-filature (la Bardine, en Gironde), et quelques mois plus j’ai le plaisir de recevoir un gros colis avec ces fibres transformées selon mes souhaits, pour les proposer en boutique à côté de mes laines filées main.

L’animal producteur de chaque lot est identifié, sa fibre analysée. La transformation en micro-filature est semi-artisanale, chaque lot (de 1 à 4kg) est traité individuellement, sans produit chimique, sans teinture, dans le respect de la fibre.

L’arrivage de fin mai comprend des toisons cardées en ruban à destination des fileuses, de superbes fils mèches et du fil 3 brins somptueux en mélange fauve et gris (un mix que j’adore).

Ces fibres sont disponibles sur la page boutique, pour vous renseigner ou commander n’hésitez pas à m’envoyer un mail pour obtenir un devis, je n’ai pas la possibilité pour l’instant de gérer une boutique en ligne avec panier.

Tonte, pluie et vent

Après un mois d’avril trop chaud et sans une goutte d’eau, le ‘joli mois de mai’ n’a apporté que pluies, vents parfois violents et températures basses… Le tout évidemment orchestré avec la tonte 🙁  La veille de l’arrivée du tondeur, le 2 mai, il faisait encore beau et chaud… Le premier groupe tondu le lundi a encore bénéficié d’un temps clément, mais ensuite la cata… Parce que ma petite tête fatiguée a oublié de fermer la porte des écuries pour garder tout le monde au sec pendant la première nuit pluvieuse depuis un mois, les filles ont choisi de dormir dehors sous le crachin bienfaisant… Oui, dehors sous la bruine la veille de la tonte 🙁 Snif… Vous imaginez l’état des toisons… Et comment faire sécher par cette météo ? Ça va être mon travail des premiers beaux jours à venir !

Comme d’habitude, la tonte réalisée sur deux jours par Pascal, tondeur émérite, s’est parfaitement bien passée, avec l’aide précieuse des deux Philippe ! Des alpagas incroyablement calmes et zen, quasiment aucun crachat de protestation ou plainte contre leur traitement indigne…  Car oui, les photos des alpagas mis en contention choquent souvent, pourtant il s’agit à mon sens de la manière la plus rapide et sécurisée de tondre les alpagas, avec un stress minimum si on le fait avec douceur et respect permanent de l’animal (pas comme on le voit faire sur certaines videos, hélas).

D’ailleurs cette année, puisque j’avais l’habitude de tondre mes lamas debout et qu’on parle beaucoup des bienfaits de la tonte debout contre la version couchée « traumatisante », j’ai tenté l’expérience de tondre moi-même trois de mes alpagas debout : Qalypso, une femelle qui venait de mettre-bas, en tonte d’urgence par crainte d’un coup de chaleur, et de deux mes étalons, Cantabria et JJ, que nous n’avions pas eu le temps de faire début mai. D’accord j’étais seule, et avec de l’aide pour la contention ça aurait été plus facile, mais je trouve que le niveau de stress des animaux est beaucoup, beaucoup plus élevé que pour une tonte couchée ! La tonte dure plus longtemps, on prend des risques de blessures (pour l’animal et pour nous) au moindre mouvement, la toison récoltée est en moins bon état et le résultat esthétique est loin d’être aussi satisfaisant 😉

Tonte debout de CANTABRIA en cours

Tonte debout de QALYPSO en cours

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je re-tenterai la tonte debout l’an prochain, avec de l’aide cette fois. Mais pour les derniers animaux à tondre, j’ai préféré rester sur la valeur sûre de la tonte couchée, avec le coup de main de mon stagiaire Philippe : les petits gars tondus cette semaine ont été d’un calme exemplaire et n’ont pas l’air du tout de s’en plaindre !

Suris for ever

RAZZIA, née en août 2019

Décidément, je vais finir par penser que le destin ne veut pas que je me sépare complètement de mes chers alpagas suri… C’est avec eux que j’ai commencé l’élevage d’alpagas il y a 10 ans (mon souhait initial était d’ailleurs de n’avoir que des suris), une force obscure semble vouloir que j’en garde dans l’élevage…

En effet depuis 3 ans que j’ai commencé à réduire fortement les suris pour me consacrer aux huacayas avec un cheptel réduit, plusieurs ventes prévues se sont trouvées annulées pour diverses raisons !… Ce mois-ci la vente de mes dernières petites jeunes a elle aussi échoué… Et toutes les demandes que j’ai eues ces derniers jours proviennent de l’étranger. Or je viens d’exporter des alpagas et je n’ai aucune envie de recommencer les 3 mois de protocole sanitaire et de galère que cela implique, avec une administration qui change d’avis en cours de route sur le protocole à suivre !

Donc il semblerait que tout m’incite à garder mes 3 dernières petites jeunes, les adorables Razzia, Satine et Souki… Je suis de plus en plus favorable à cette idée, je l’avoue, c’est un bien joli trio !

ZOLA – photo d’avril 2021 : encore la grande classe, ma belle retraitée de 15 ans !

Mise à jour :

Finalement les choses se sont faites rapidement…

Les petites SATINE et SOUKI ont trouvé une famille courant mai, et en juin j’ai laissé partir ma belle RAZZIA (après d’énormes hésitations) vers la Normandie…

Ne reste donc ici, comme suri, que ma ZOLA, retraitée, la maman de RAZZIA, souvenir de cette étape heureuse de l’élevage.

 

 

Premières naissances

Comme prévu, mais avec un peu d’avance, avril amène avec lui les premiers crias de l’année…

Oh, pas comme je l’espérais : deux naissances précoces le même jour, le 7 avril, deux petits mâles, dont un cria hélas non viable pour ma pauvre Léonie 🙁

Très dur de commencer la saison ainsi, alors que la précédente s’était déjà terminée sur une naissance dramatique. Parfois être éleveur implique de très gros moments de douleur et de doutes, et nous rappelle que la nature peut parfois être cruelle et terriblement injuste, et que la loi des séries n’est pas une vue de l’esprit…

Mamie ADA en mode nounou (son occupation favorite), avec son arrière-arrière petite fille Tabatha étendue contre elle, en toute confiance, et petit Topaze à côté.

Par bonheur le petit Topaze est en super forme et grandit bien, et il a vite été rejoint par la très jolie petite Tabatha, fille de ma gentille Pitchoune. Tous deux s’adonnent à de grand moments de jeux dans les pâtures inondées de soleil, suivis par des siestes bien méritées sous la surveillance attentive de la nounou en chef des crias, mamie Ada.

Mais oserais-je parler de ces journées stressantes que le tout dernier cria né jeudi 22 avril me fait vivre ? Comment tant d’aléas peuvent-ils se produire d’affilée alors que certaines années 20 naissances peuvent se suivre sans aucun souci majeur ? J’ai du mal à encaisser, et le fait d’être seule à tout assumer sur l’élevage, bons moments comme coups durs, n’aide pas à prendre du recul. C’est pour mettre des mots dessus et exorciser ces difficiles moments que je n’hésite pas à mentionner sur ce blog les réalités de l’élevage. Beaucoup d’éleveurs (et je respecte parfaitement ce choix) ne communiquent que sur ce qui se passe bien et donnent l’impression, à les lire, de ne jamais avoir de problème, comme si mentionner des soucis pouvait nuire à leur réputation. La réalité est souvent bien plus nuancée… Bien sûr certains problèmes peuvent être liés à des négligence ou des erreurs, mais en reproduction, même chez les plus expérimentés, les aléas sont bien souvent liés à la Nature, quelles que soient les compétences des uns ou des autres …

Donc le 22 avril, j’ai eu – pour la première fois en 10 saisons d’élevage –  ce qu’on appelle un « grand prématuré », un cria né à moins de 300 jours. Une petite femelle si minuscule et fragile que j’ai cru que c’était un avorton quand elle a vu le jour. Naissance normale, en fin de matinée, mais beaucoup trop précoce. Sa mère, primipare, avait visiblement souffert de la chaleur les jours précédents : est-ce ce qui a déclenché la mise bas prématurée ? Impossible de le savoir.

J’avoue que sur le coup je n’avais guère d’espoir que la petite survive : j’ai dû la masser pour qu’elle respire, aucun tonus musculaire, toute molle, inerte. Maman Qolyma a mis plusieurs heures à délivrer le placenta, et pendant tout ce temps elle s’est désintéressée de cette chose étrange que j’avais prise en charge.

J’ai très longuement réchauffé le petit bout au sèche-cheveux, tout en restant sous la chaleur du soleil, l’ai emmitoufflée dans des polaires et bouillottes, lui ai fait quelques injections, donné du glucose et du colostrum de vache tout récemment congelé… Par bonheur elle avait un réflexe de succion, ce qui m’a permis de lui faire prendre un petit biberon de 20ml à intervalles réguliers.

Je croise les doigts, nous sommes au 3e jour et elle est toujours là. Je sais que rien n’est gagné, qu’elle peut crasher à tout moment, que le colostrum n’a peut être pas pu être assimilé par son organisme fragile et que l’absence d’immunité est une épée de Damoclès sur sa tête… hélas je n’ai pas de plasma à lui donner pour assure à coup sûr son immunité. Chez les éleveurs anglo-saxons, c’est devenu une évidence de collecter du sang, extraire et stocker du plasma en début de saison, de doser les IgG à chaque naissance difficile et de donner du plasma au cria, mais ici c’est un parcours du combattant 🙁

Mes journées, depuis 3 jours, tournent autour de ce petit bout de 3,8kg… Un cria de moins de 5kg est rarement viable. Mais je ne veux pas baisser les bras. Je veux y croire malgré tout.

Elle dors la nuit dans un bac dans la maison, avec des bouillotes, et passe ses journées au soleil, à l’abri du vent, avec un petit biberon toutes les 2h.

Maman Qolyma vient de temps en temps la voir, et semble renouer le lien avec elle depuis que la petite réussit – brièvement – à tenir sur ses fragiles pattes toutes tordues quand je la mets debout. Elle est encore incapable de se lever seule, elle se laisse tomber plutôt qu’elle ne se couche ; et bien entendu téter sa mère – s’il y a une monté de lait, ce qui n’est pas certain – est impossible (d’ailleurs elle est si petite qu’elle ne pourrait même pas atteindre correctement la mamelle) !

Mise à jour (le 23/05/2021) : hélas après m’avoir donné tant d’espoir, ma jolie petite prématurée m’a quittée à l’aube de son 9e jour. Septicémie foudroyante. Elle est tombée en hypothermie à 32°C, je suis parvenue à la réchauffer, mais son petit organisme fragile a abandonné la lutte. J’ai été trop dévastée pour donner des nouvelles plus rapidement sur cette page, je m’étais tellement attachée à ce petit bout qui avait lutté si fort 🙁  Et j’ai la rage au coeur de n’avoir pu disposer de plasma qui aurait pu la sauver. En Angleterre, n’importe quel éleveur peut se procurer du plasma à  stocker en début de saison pour les cas d’échec du transfert passif d’immunité, chez nous en France cela relève de l’impossible, c’est révoltant. Nous sommes tellement à la traîne dans le monde de l’alpaga !!!