A PROPOS… de mon métier d’éleveur

Réflexions sur mon métier d'ÉLEVEUR d'ALPAGAS

 Cette page est un ensemble de réflexions personnelles sur ma vision de ce métier d’éleveur, les soucis rencontrés mais aussi les satisfactions qui me poussent à continuer.

Je la remanie régulièrement, il n’y a aucun objectif didactique, n’y cherchez pas une méthode pour devenir éleveur, des recettes ou des réponses à vos propres situations. Je veux juste témoigner de mon expérience à travers ce blog.

Merci à tous ceux qui me lisent et qui me font des retours par messages très sympathiques et touchants, c’est toujours un grand bonheur d’en prendre connaissance.

Petit retour en arrière...

    Mon projet initial de reconversion professionnelle concernait les chevaux… Cavalière depuis l’âge de 8 ans, les chevaux ont été la grande passion de ma vie, ils ont rythmé mes loisirs et mes vacances, et j’ai organisé ma vie à la campagne autour d’eux depuis toujours.
Formée en club classique, passionnée d’extérieur et de randonnée, d’équitation western, d’éthologie (j’ai plongé dans les formations Parelli à la Cense dès 2001), j’ai adopté le pied nu pour mes chevaux dès 2004 (j’ai participé à la création de la première association du cheval pieds nus en 2006, dont j’ai été secrétaire plusieurs années, puis présidente brièvement). J’ai organisé chez moi les premiers stages d’initiation au pied nu en France, et mis en place un des tout premiers ‘paddock paradise’ sur ma fermette en Maine et Loire…
Je rêvais depuis toujours de créer une écurie de propriétaires. Titulaire de l’éperon d’argent (équivalent ancien du galop 7) et des savoirs éthologiques, j’ai même entrepris la formation BPJEPS western dans le but de donner des cours dans ma future écurie de propriétaire…
… et puis les lamas sont arrivés dans ma vie. J’en ai rapidement eu une dizaine, et logiquement mon projet a évolué vers une activité touristique associant les chevaux aux lamas, en Bretagne.
Mais après l’échec de ce projet breton, comme je l’explique sur une autre page, je me suis retrouvée en Mayenne un peu par hasard, et c’est comme éleveur de lamas et alpagas que je me suis finalement installée en 2012.

    En 2012, donc, je suis passée volontairement (en démissionnant) du confortable statut de fonctionnaire de l’Éducation nationale à celui beaucoup plus aléatoire d’agricultrice élevant des petits camélidés…
    Animaux quasi-inconnus de l’administration, sans statut agricole clair, sans case dédiée au niveau comptable, sans studbook, sans prophylaxie, sans règlementation adaptée pour protéger un minimum les éleveurs qui en font leur métier, avec les charges incompressibles d’une exploitation agricole et une TVA injuste qui a bondi de 5,5 à 20% après seulement 2 ans d’installation…

    Un grand saut dans l’inconnu…

Continuer envers et contre tout...

     Je m’étais donné 5 ans pour voir si le projet était viable… et j’aborde en 2026 ma 15e  saison d’élevage professionnel ! 😉 
     Oh ce n’est pas facile tous les jours, loin de là, et je continue à me poser régulièrement la question du bien-fondé de la poursuite de mon activité… Je n’ai pas pris une journée de vacances depuis mon installation, je me consacre 24h sur 24 à ma ferme et à mes animaux, quasiment sans aide sauf un ou deux amis fidèles, avec des stagiaires parfois, et ponctuellement l’embauche d’une personne en TESA (mais il devient très difficile de trouver une personne à embaucher).

      J’assure seule la gestion des alpagas au quotidien, leur éducation et les soins, y compris vermifugations, injections, saillies, mise-bas… J’ai aménagé les parcs et stabulations pour me faciliter le travail. Il n’y a que pour la tonte et pour faire les ongles de certains alpagas que je dois solliciter de l’aide…

      Je travaille la laine à mes rares moments perdus (pas assez à mon goût, hélas), je passe des heures parfois la nuit sur Internet pour trouver des réponses à des questions vétérinaires ou pour approfondir mes connaissances, essentiellement sur les sites anglo-saxons, car les publications en français sont très rares.

    Il faut avouer que le soutien entre collègues éleveurs, la coopération, la solidarité, cela existe, certes (merci à certain(e)s qui se reconnaîtront), mais c’est rare : le plus souvent on est dans le registre du « tirage dans les pattes’, voire de la méchanceté gratuite (certains se reconnaîtront aussi !). 
Et comme dans tous les milieux d’élevage, hélas, on rencontre jalousie, hypocrisie et coups bas. Les amitiés qu’on croit solides se trouvent parfois battues en brèche par des « intérêts supérieurs », j’en ai fait au moins deux très amères expériences les années passées avec des personnes que je croyais être des amies, et qui ne voyaient en moi qu’une source pratique (et jetable) de connaissances sur les alpagas 🙁
De plus l’impossibilité de me déplacer, d’aller rencontrer les uns et les autres, de participer aux concours, n’arrange pas les choses… 

    Par bonheur les satisfactions l’emportent encore sur les difficultés, j’adore ce que je fais, c’est un mode de vie bien plus qu’un métier. Il faut accepter de se contenter de peu, avoir une bonne résistance physique, être volontaire et autonome, bricoler suffisamment pour se dépatouiller des inévitables problèmes matériels quotidiens et réduire les coûts d’infrastructure, ne pas avoir peur des journées sans fin, accepter de vivre dans un chantier permanent et une maison en désordre qui ne sera jamais terminée, savoir encaisser les coups durs et le stress intense, emprunter sans craquer les montagnes russes émotionnelles liées à tout élevage : des moments merveilleux mais aussi des moments terriblement durs…

Mon élevage, c'est ma vie...

      Je me consacre à temps plein à mes animaux.  L’élevage est ma seule source de revenus, avec le complément des stages et de la laine.  Il ne m’est pas possible, seule, de diversifier mon activité, comme me le suggèrent parfois ceux qui ne réalisent pas le travail à temps complet (et même plus) que représente la gestion correcte d’un élevage ! Sans parler d’une vieille ferme en constants travaux d’aménagement !

     Au fil des années j’ai eu entre 15 et 25 naissances par an sur l’élevage (et jusqu’à 33 en 2019, l’année où mon nombre d’animaux a été à son maximum). Je n’en veux pas davantage, afin de pouvoir assurer au mieux le suivi des gestations et des crias, je suis même descendue à 13 en 2025 avec la réduction du cheptel. 
    Alors p
ourquoi ai-je toujours eu à entretenir entre 65 et 90 alpagas sur la ferme, alors ? Il faut comprendre que les mères et leurs crias de l’année ne représentent qu’une fraction du cheptel, il faut aussi inclure bien d’autres alpagas :

  • les crias de l’année précédente (je ne vends pas mes jeunes avant 13/14 mois minimum)
  • les jeunes femelles gardées comme futures reproductrices qui grandissent en attendant l’âge de pouvoir reproduire (pas de saillie chez moi avant 2 ans, parfois même 3 ans)
  • les femelles qui n’ont pas réussi leur gestation, mais auront un cria l’année suivante si tout va bien (en moyenne on compte 2 crias sur 3 ans par femelle)
  • les femelles qui ont droit à une année de repos
  • les femelles retirées de la reproduction, soit à cause de l’âge, soit à cause d’une pathologie ou d’un défaut qui leur interdit la reproduction, et qui restent couler une vie tranquille sur l’élevage
  • une large palette de mâles reproducteurs : j’ai fait le choix d’avoir un nombre important de mâles reproducteurs (entre 8 et 12) pour pouvoir affiner mon travail de sélection, et parce que je ne rentre plus de nouvelles femelles depuis 2017, donc je dois rentrer le sang nouveau par les mâles
  • les jeunes mâles prometteurs qui restent grandir sur l’élevage pour observer leur évolution avant de prendre une décision de vente pour le loisir ou pour la reproduction (la qualité d’un mâle ne peut s’apprécier avec justesse avant l’âge de 2ans minimum)

      Cela représente donc du monde à entretenir et soigner !
      Évidemment certains autres éleveurs soucieux de rentabilité font un choix très différent, qui ne correspond pas du tout à ma vision de l’élevage : un troupeau constitué quasiment exclusivement de femelles reproductrices ; un seul mâle (qui est mis au troupeau pendant 2 mois pour assurer les saillies sans trop de contraintes pour l’éleveur, et est « changé » en moyenne tous les 2 ans) ; les crias vendus aussi vite que possible après sevrage pour libérer la place ; les jeunes femelles mises à la repro dès que possible aussi (parfois dès 12 mois, ce n’est pas rare) ; les femelles prenant un peu d’âge (12-13 ans) vendues à très petit prix avant d’être une charge…

     Élever correctement des alpagas implique beaucoup de temps de travail. A KerLA les croisements sont pensés dans un but d’amélioration permanente de la fibre, du modèle, du caractère des alpagas. Donc les saillies se font une à une, en main, avec la présentation régulière du mâle choisi à chaque femelle, pendant toute la saison, pour s’assurer du succès de la gestation….
     C’est là que le travail d’éleveur se différencie du travail de simple « producteur » qui accouple le mâle et la femelle qu’il a sous la main… Il faut s’intéresser à la génétique, à la transmission du caractère et du modèle, faire des analyses de fibre, avoir une vision sur 5 ans des objectifs d’amélioration du troupeau, surtout quand on travaille comme moi avec des moyens financiers modestes qui ne permettent pas d’investir de grosses sommes des reproducteurs d’élite (ce qui fait gagner des années de travail).

    La période des naissances nécessite une présence et une surveillance permanentes, ce qui est rendu très compliqué par l’élasticité de la durée des gestations (de 10,5 à 12.5 mois !). Pour ma part, étant seule sur la ferme, je ne prends aucun rdv extérieur pendant une bonne partie de l’année, je ne m’absente que pour les strictes courses nécessaires.

     Et une fois les crias nés et en bonne santé, il faut en assurer un suivi attentif pendant 7 à 8 mois environ, jusqu’au sevrage, et ensuite les éduquer patiemment avant sélectionner ceux qu’on veut garder et voir grandir, et ceux qu’il faut bien proposer à la vente au cours de leur 2e année pour rentrer l’argent nécessaire à la vie de l’élevage.

Un élevage qui permet d'associer amour des animaux et éthique...

      La beauté de cet élevage, c’est qu’il n’y a par bonheur pas de « réforme » pour les animaux, comme on dit pudiquement dans les autres espèces animales (en un mot : l’abattoir pour l’animal improductif ou trop vieux !). On ne mange pas les alpagas en France, sinon d’ailleurs je n’aurais pas choisi d’en élever !
Donc les femelles infertiles, les animaux avec un défaut ou un handicap, les retraités restent dans le troupeau. Évidemment leur coût d’entretien est lissé sur les charges globales, et se retrouve imputé sur les prix de vente des animaux.
Quand vous achetez des alpagas, questionnez l’éleveur sur son éthique par rapport à l’avenir de ses animaux et la gestion de ses retraités… Vous aurez des surprises parfois !

       Bien sûr il arrive que certaines de mes femelles écartées de la reproduction trouvent une nouvelle maison pour loisir ou pour retraite, je n’ai pas une structure assez grande hélas pour garder l’intégralité des animaux écartés de la reproduction, mais je sélectionne avec soin leur future famille. Et il y a ceux qui ne peuvent être placés, parce que trop vieux ou avec un souci trop grave : ils font partie intégrante du troupeau, même s’ils ne sont plus productifs et que souvent même leur fibre n’a plus de valeur marchande, ils vivent leur vie tranquillement, jusqu’au bout. Leur cadeau en échange est d’offrir leur présence tellement apaisante, de transmettre leur zénitude tellement gratifiante. 

La concurrence déloyale d'un marché parallèle incontrôlé...

     Hélas le marché parallèle des particuliers et des éleveurs amateurs bat son plein, sans parler de la filière des maquignons qui importent des alpagas des pays de l’Est, devenus gros pourvoyeurs à d’animaux à bas prix (exactement comme pour les chiens, chats ou poneys). Cela au détriment des éleveurs déclarés et sérieux qui sont écrasés par cette concurrence déloyale, et plus encore au détriment des animaux victimes de méconnaissance et d’incompétence.
     On se retrouve face à des offres de vente à des prix ridicules, sur le Bon Coin notamment, sans respect de la (faible) règlementation, face à un public d’acheteurs souvent mal informé qui voit d’abord et avant tout le prix et ne réalise les soucis à prévoir avec des animaux carencés, mal éduqués, parfois imprégnés.

      De plus en plus d’éleveurs amateurs, de fermes pédagogiques et de particuliers produisent et vendent des alpagas. Ce serait un moindre mal si leur travail était sérieux, leur connaissance et leur suivi des animaux solides, que les prix étaient raisonnés pour ne pas casser le marché, que les ventes étaient faites dans les règles et les revenus déclarés comme il se doit (car soyons francs, le monde de l’alpaga, c’est le règne du marché noir)…

     Un éleveur sérieux base ses prix de vente sur la génétique des animaux, leur sexe, leur âge, leur fibre, leur caractère, leur potentiel de reproducteur, et évidemment sur ses charges de production ! Et comme dans toutes entreprise il y a un prix plancher en-dessous duquel on vend à perte, parce qu’il y a un coût d’élevage incompressible si l’éleveur fait bien son travail !
     Chaque alpaga de l’élevage, qu’il soit de qualité supérieure ou destiné au loisir, est le fruit d’un travail de plusieurs années. Lui et ses parents sont soignés, complémentés, manipulés, éduqués, ont des séances d’ostéo régulières, sont examiné par le vétérinaire quand c’est nécessaire, sont pucés, enregistrés, vaccinés, vivent dans des infrastructures entretenues et améliorées en permanence pour leur bien-être…
     L’alpaga vendu, quel que soit son statut, bénéficie d’un certificat de bonne santé à la vente et d’un suivi après-vente permanent de la part de son éleveur…

     Hélas certains éleveurs même professionnels, pour ne pas laisser filer leur part du marché, choisissent de vendre sciemment à perte leurs crias au sevrage, juste pour vider les pâtures , en se rattrapant sur d’autres sources de revenus… C’est faire preuve d’une vision à très court terme qui contribue à dégrader la situation de l’élevage professionnel déjà bien précaire en France 🙁   

L'éleveur est-il vraiment une source d'infos gratuites et à volonté ?

     Outre la concurrence économique rude et déloyale qu’elle implique, et trop souvent la souffrance induite pour les animaux victimes de méconnaissance ou de pure bêtise, la production et la vente d’alpagas par des amateurs a une autre conséquence pénible pour les éleveurs professionnels : nous recevons de multiples appels à l’aide venant de personnes qui, après avoir acheté lamas ou alpagas à bas prix à un maquignon, comptent tout naturellement sur l’aide d’un éleveur pour faire le service après-vente et résoudre leurs problèmes, leur vendeur ayant fermé la porte dès le règlement encaissé : gros soucis de santé, manque d’éducation, troubles du comportement (le problème le plus fréquent étant les mâles imprégnés, que les gens bradent, voire donnent, pour s’en débarrasser au plus vite)…

    J’ai toujours fait le maximum pour répondre à ces demandes venant d’inconnus, par téléphone ou par écrit, souvent avec beaucoup d’amertume après coup, car cette aide est le plus souvent considérée comme un dû : elle n’est pas toujours demandée de manière aimable, et il est très rare de recevoir un simple mot de remerciement alors qu’on a fait une longue réponse détaillée par mail 🙁

     Mais la belle claque que j’ai prise en décembre 2019 a modifié ma position face aux personnes qui me sollicitent (voir encadré ci-dessous)… Désormais, sauf bien sûr s’il s’agit de mes clients, je ne réponds que rarement de manière détaillée aux questions envoyées par écrit (surtout quand on m’envoie une liste de questions dont les réponses figurent sur mon site, et qu’on me dit avoir lu mon site en détails avant de poser ces questions !).
Ce qui est terrible, c’est que parfois encore je cède et réponds à certains courriers tournés de manière habile, où la demande m’a émue, et… même constat : quasiment jamais de remerciement en retour. C’est hallucinant.  
Je réponds toujours au téléphone pour les cas d’urgence et pour les demandes de renseignements, mais je refuse d’être la source d’infos gratuite et illimitée à qui on dit crûment ‘vous êtes éleveur, vous nous devez l’information’. Non je ne dois rien au gens qui exploitent les autres et ne font pas l’effort de faire les choses correctement. J’invite donc les gens à contacter leur vendeur : toute personne qui vend doit être apte à donner des conseils corrects, sinon elle doit arrêter tout de suite, et l’acheteur est aussi responsable de ne pas s’être renseigné au minimum avant d’acheter à n’importe qui !

    Heureusement qu’il y a aussi des contacts formidables, des gens très positifs et respectueux du travail des autres, des clients fantastiques devenus des amis… Je reçois de très beaux messages de remerciement pour les informations que je donne sur mon site, de très beaux courriers de reconnaissance de mon travail d’éleveur, de la part d’inconnus qui reconnaissent et partagent ma passion de la nature et des animaux, et ça fait chaud au coeur ! Ce sont ces personnes chaleureuses et/ou reconnaissantes qui me donnent envie de continuer et de partager, ces inconnus aux écrits empathiques pour lesquels je transgresse volontiers ma règle de ne plus répondre par mail…

    Merci mille fois à vous !

Petit témoignage sur une bien triste expérience…

.. récit d’une triste expérience que j’essaie d’oublier, mais qui me revient à l’esprit chaque fois que me tombe sous les yeux la note des avis publics de mon élevage sur Facebook, définitivement dégradée par la seule intervention, en décembre 2019, d’une personne à laquelle j’ai pourtant consacré du temps, de longues explications écrites, et qui m’a agressée sans raison et a menti effrontément…

Cette jeune dame d’Ille et Vilaine, dont le pseudo sur Facebook est Ame Lie, me contacte par Messenger à l’automne 2018 en me disant qu’elle souhaite acheter un alpaga mâle pour monter un petit élevage. Je réponds longuement à ses questions pendant 3 mois… et puis plus de nouvelles pendant plus d’un an, alors que j’avais fini mon dernier post par une question…
Jusqu’à début décembre 2019 où elle reprend contact en soirée par un court message : elle s’excuse de ne pas avoir répondu à ma dernière question (qui date d’un an !), me dit qu’elle songe à acheter une femelle, et me demande ce que je donne à manger à mes alpagas en hiver… C’est tout ! Pas un mot de plus.
Très occupée à ce moment-là, je n’ai pas pu répondre. Alors le lendemain soir elle me relance par un message constitué uniquement de points d’interrogation !… Je lui fais remarquer (poliment, je pense) que je ne peux pas être à la disposition immédiate des gens qui me contactent, hormis le suivi de mes clients pour lequel je suis très réactive, d’autant que son message ne révêtait aucun caractère d’urgence.

Malheur à moi, que n’avais-je pas écrit là !!!

Cette pauvre fille s’est jetée aussitôt sur ma page d’élevage Facebook pour rédiger un avis détestable et totalement mensonger, suivi d’une succession de posts avec de fausses accusations, comme avoir causé la mort de sa petite femelle alpaga par mon refus de la renseigner – femelle dont jamais elle n’avait jamais parlé, j’ignorais totalement qu’elle avait des alpagas puisqu’elle venait de m’écrire qu’elle songeait à en acheter !!! 

Des amis et clients m’ont soutenue dans ce long échange public avec cette folle, j’ai été à deux doigts de porter plainte pour diffamation et avec le recul je regrette sincèrement de ne pas l’avoir fait, car la politique de Facebook ne permet pas d’obtenir le retrait de ce type d’avis injurieux et totalement injustifié, je traîne donc ces échanges venimeux comme un boulet et j’ai la haine, au vrai sens du terme, pour cette personne infâme.
Vous pouvez consulter les avis de ma page Facebook pour comprendre…

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Mai chargé

Après un mois d’avril consacré au sevrage et à l’éducation des jeunes, avec tous les week-end pris par concours ou stages, j’espérais naïvement pouvoir un peu souffler en mai…
Que nenni ! Car le joli mois de mai est en fait un des plus chargés de l’année sur l’élevage.

Mai débute chaque année avec les 2 jours 1/2 de tonte (merci à Pascal, super tondeur professionnel, fidèle à KerLA depuis la première tonte en 2013).
Ce sont toujours des journées intenses, surtout quand la météo se mêle de compliquer les choses en nous offrant chute brutale des températures, pluie, vent glacial et même orage.
Grâce à l’esprit d’initiative d’Aurélie (super stagiaire), la douzaine de toisons humides ont été mises à sécher illico, dans tous les lieux possibles (hangar, voitures), nous avons ainsi pu faire un pied de nez à la pluie !
Et en calfeutrant soigneusement les écuries, nous avons aussi pu faire un pied de nez au vicieux vent du nord qui cherchait à s’infiltrer partout.
Mais quelles journées épuisantes, physiquement comme nerveusement !

Ensuite, sur une dizaine de jours, ce fut le départ des alpagas vendus : au printemps, aucun alpaga ne quitte l’élevage avant d’être tondu (sauf si le nouveau propriétaire a déjà des alpagas et une tonte planifiée). Et encore : si la saison est trop avancée et qu’il fait chaud, la tonte est indispensable avant le voyage, car le risque de stress de chaleur est très élevé avec le changement de lieu et de mode de vie.
Au passage j’en profite pour pousser un coup de gueule contre les pseudo-éleveurs sans éthique qui, entre autres stupidités, vendent au printemps des animaux non tondus et laissent leurs acheteurs se démerder pour trouver un tondeur en urgence (ce qui est très difficile). C’est une honte.
La palme revient à ce salopard qui a livré fin avril 2 alpagas mâles non tondus à un néophyte, alors qu’il venait de faire tondre son troupeau mais n’allait pas dépenser le prix de la tonte pour les deux qui partaient ! 
Ce type d’éleveur sans conscience, hélas de plus en plus répandu, est à vomir.

Plusieurs alpagas de KerLA sont donc partis vers leur nouvelle vie courant mai :
– mes 5 mousquetaires (mon groupe d’adorables mâles castrés, nés à l’automne 2024), merveilleusement accueillis au Portugal par Andreia et sa petite famille
– 2 de mes mâles reproducteurs (Bywan et Triskell), partis dans leur maisons respectives
– mes 3 belles femelles (dont 2 gestantes) qui ont traversé la France pour aller constituer le noyau de démarrage d’un nouvel élevage.
C’est une satisfaction pour tout éleveur de voir ses animaux partir dans de bonnes structures, que ce soit pour le loisir ou pour développer des élevages, mais chaque départ reste toujours aussi difficile à vivre.

Et puis mai, ce sont aussi les naissances qui continuent. Cette année j’ai eu une première série en mars (avec 3 superbes crias, mais aussi des soucis, comme il se doit), et, après la pause d’avril, la 2e série de naissances en mai.
Oh, tout a bien commencé, avec l’arrivée sans soucis de 2 magnifiques crias gris (oui, enfin du gris cette année), nés à 2 jours d’intervalle : le craquant Déluge, fils de Zarina et Qazan (rebaptisé Dandy à cause de son élégant noeud papillon en haut du cou), et la magnifique Diva, fille de ma chouchoute Siska et de Kilim des Prés du Marsault.

Et puis ce fut le tour de ma belle Rhapsodie d’arriver à terme, et là tout s’est enrayé. Dès le début, à son comportement, j’ai compris que ça s’annonçait mal. Trois vétos différents sont venus – bien entendu sur jours fériés, horaires de garde, ou en pleine nuit – : torsion à gauche (corrigée), puis torsion à droite (corrigée), puis efforts pour pousser mais pas de col ouvert (donc pas de césarienne à ce stade pour le véto – hélas.
Quand la mise-bas s’est enfin déclenchée, mardi 19 mai, j’avais la tête du cria sous les doigts et le bout de ses pattes, le col était bien ouvert, mais impossible de faire avancer le bébé dans le canal, des sensations inhabituelles de tissu sous les doigts. Donc véto de nouveau (toujours sur horaires de garde), et une longue bataille vaine pour essayer de sortir le cria par voie naturelle, avant de recourir à la césarienne d’urgence…
Le miracle fut de sortir le cria vivant : une magnifique femelle gris-rose (je n’y croyais pas).
La maman a mis longtemps à récupérer de la césarienne, mais en soirée elle semblait vraiment mieux, interagissait avec son cria, et quand vers 23h j’ai vu qu’elle expulsait le placenta, je me suis réjouie, car souvent avec une césarienne il faut davantage de temps.
Mais le soulagement fut de courte durée : avec le placenta, la matrice est sortie, sous mes yeux… Le temps de l’envelopper dans une serviette humide pour la préserver, et j’appelais le véto pour la 5e fois… En pleine nuit. Péridurale. Remise en place.
La fin des ennuis ?
Au petit matin le mercredi, Rhapsodie s’est relevée, la petite a commencé à chercher la mamelle. De belles photos encourageantes. Le soulagement, enfin.
Sauf qu’en fin de matinée, Rhapsodie, sortie avec son cria dans le petit parc près de la maternité, au soleil, s’est soudain affaissée de l’arrière-train, et s’est effondrée, incapable d’utiliser ses pattes arrière pour se relever. On a pensé à une inflammation au point d’injection de la péridurale, donc injection de cortisone. Et en effet en soirée, Rhapsodie réussissait à se relever de temps en temps pour se nourrir, se soulager, et allaiter sa petite.
Re-véto jeudi matin pour tout vérifier. Verdict de l’examen : la paralysie n’est pas due à une inflammation au niveau de la péridurale, c’est un ligament, sans doute été lésé au cours des tentatives d’extraction du cria, qui a lâché. Ostéo, acupuncture, massages…
Ce jour-là ma courageuse Rhapsodie a réussi à suivre les copines dans le pré (et à rentrer avec elles le soir), passant la journée à grignoter de l’herbe au soleil ou couchée à l’ombre, nourrissant bien sa petite. Nouvelle grande vague d’espoir.
Le vendredi matin, nouvelle séance véto, douche, départ au pré. Elle marchait mieux, cicatrice en état, rien d’inquiétant hormis son problème de ligament.
Mais inquiétude croissante, car elle avait boudé sa ration du soir, et ne s’alimentait plus, que ce soit grains, herbes ou foin. Et au cours de la journée, elle a commencé à se plaindre, à chercher des positions antalgiques pour se coucher, à se lever de nouveau avec grande difficulté, le postérieur droit inutilisable. Grosse angoisse. J’ai réussi à la faire rentrer, j’ai tenté de la soulager avec un anti-douleur, mais au fil des heures sa détresse augmentait, et je trouvais son ventre de plus en plus gonflé.
Alors de nouveau véto, à 19h. 8e visite. La dernière.
Décision d’anesthésier pour pouvoir réouvrir sans douleur la cicatrice de la césarienne et chercher la cause des symptômes de souffrances.
Et hélas très vite, prise de conscience de l’horreur de la situation : péritonite avancée. Rien à faire, sinon soulager ses souffrances.
Ma douce Rhapsodie a donc été euthanasiée pendant son sommeil.
Et autopsie pour comprendre. L’examen de l’utérus a révélé la cause improbable de toute la cascade d’événements : une torsion de la corne utérine sur elle-même, cas rarissime, et insolvable. Seule une césarienne d’urgence dès les premiers symptômes aurait (peut-être) pu sauver Rhapsodie. Mais encore fallait-il pouvoir poser le diagnostic dès le départ, d’autant que des torsions classiques (une corne sur l’autre) s’étaient surajoutées.
Ce drame m’a, une fois encore, beaucoup appris, avec une situation jamais rencontrée – et pour cause, c’est rarissime. J’ai compris, avec le recul, la raison de mes ressentis étranges au cours des fouilles faites pour évaluer la situation (trop compliqué à expliquer ici) : si par malheur une telle situation se représentait, je comprendrais très vite ce qui se passe, et je n’hésiterais pas à demander la césarienne. Mais il a fallu que ma belle Rhapsodie donne sa vie pour cela. Et comme un triste sort me joue bien des tours ici, en multipliant les situations « jamais vues », je devine qu’hélas une prochaine fois ce sera encore autre chose…
Et ce que je retiens surtout, c’est que j’ai hélas perdu une de mes meilleures femelles, belle, calme, gentille et si bonne maman. C’est le côté noir de cette activité, qui me donne si souvent envie de tout abandonner. Et là j’avoue que j’ai subi un véritable coup de massue, j’ai été off pendant plus de 10 jours, à 2 doigts de tout arrêter.
Mais j’ai le bébé de Rhapsodie a faire grandir maintenant : la jolie Demeter dépend de moi, avec son biberon toutes les 2h, et je dois assurer pour elle, et pour les autres, et pour les naissances à venir…

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