Le week-end des 15 et 16 avril, l’Association Royal Alpaga, basée en Corrèze, organise un Salon des Alpagas avec concours d’alpagas et de toisons, et divers stands autour des activités avec nos chers petits camélidés (laine, médiation).
Pour la première fois, grâce à la gentillesse d’une collègue éleveuse qui va venir s’installer sur la ferme avec son mari pour surveiller tout mon petit monde pendant mon absence, je vais pouvoir m’absenter pendant les 2 jours 1/2 nécessaires pour participer à cet événément ! Et présenter quelques jeunes alpagas au concours 🙂
C’est une super occasion d’évaluer la qualité des animaux et d’orienter les prochaines décisions d’élevage en fonction des observations du juge sur mes crias 2022.
C’est toute une organisation de partir au loin avec les alpagas, et cela implique des frais élevés : route, inscription des animaux, et hébergement sur place.
Il faut aussi se plier à des contraintes sanitaires assez lourdes et coûteuses : visite vétérinaire de santé (ce qui est tout à fait normal), tests sanguins pour vérifier l’absence de Brucellose et de BVD, deux maladies bactériennes bovines qui ont un impact potentiel sérieux sur un élevage (donc ces demandes sont cohérentes, bien qu’on n’ait jamais connu de cas sur le territoire français chez les alpagas).
Mais le test le plus contraignant et stressant est l’obligation, cette année, du test de la tuberculose bovine.
Autant les 2 autres tests sont des analyses de sang en PCR, donc avec un risque infime d’erreur de résultat et de faux positif notamment, autant il est de notoriété publique dans le monde de l’alpaga et dans l’administration vétérinaire que le test tuberculinique cutané conçu pour les bovins n’est ni adapté ni fiable pour les alpagas ! C’est pour cette raison qu’il n’était quasiment jamais demandé les années passées. Mais avec son sacro-saint principe de précaution porté au plus haut, l’Europe a décrété l’obligation de ce test pour les concours et les exportations d’alpagas, ce qui fait rire jaune quand on connaît le trafic qui règne dans le monde de l’alpaga, entre les maquignons qui importent et exportent en douce et le vaste marché noir d’alpagas et lamas entre particuliers et éleveurs amateurs…
Or ce test bTB suspend au-dessus de la tête du propriétaire et éleveur une terrible épée de Damoclès : le risque toujours possible du faux positif, avec ses épouvantables conséquences… Dans le monde bovin, un seul animal positif, et c’est l’abattage de l’intégralité du cheptel… Que se passerait-il avec nos alpagas ? Peut-on seulement imaginer cela ?
Pour cette seule raison, du fait de l’absurdité de la situation (imposer un test non fiable et inadapté) et du risque du faux positif dramatique, certains éleveurs préfèrent s’abstenir de participer. Et j’avoue que j’ai sérieusement songé moi aussi à ne pas inscrire mes animaux quand j’ai appris cette obligation nouvelle.
Si ce n’était pas pour moi une occasion rarissime et inespérée de pouvoir présenter des animaux, je me serais volontiers évité un tel stress…









Et voilà, l’année 2022 va vers sa fin, et à l’image de cette photo de ciel tourmenté sur la ferme, elle me laisse des souvenirs mitigés dans bien des domaines : beaucoup de déceptions et de moments difficiles, dans un contexte général plus que tristounet.
La 2e édition du stage « Soins aux Alpagas » ce dernier WE d’octobre a été un succès 🙂
La pluie drue du dimanche matin n’a pas empêché la séance de travaux pratiques.
Ma douce Siska, à 5 mois de gestation, nous a offert de fantastiques détails anatomiques de son futur bébé (une fille, nous a annoncé Frederik… Réponse début mai 2023 !).
Et, cerise sur le gâteau, présence tout ce dimanche d’une équipe du magazine « Reportage » de TF1 pour diverses prises de vue… Chut, suspense, de cela il sera de nouveau question en temps utile 😉
Ce furent 2 super journées intenses et riches d’imprévus, puisque ma femelle ROSÉE a choisi le dimanche matin, juste au moment où nous évoquions la reproduction, pour nous offrir son cria, avec une mise-bas « by the book ».









Les mois d’août et septembre ont été riches en naissances à KerLA, puisque 10 crias ont pointé le bout de leur nez pendant cette période, avec une majorité de filles, en plus 🙂
J’avais des travaux prévus sur la ferme en octobre (afin d’aménager un peu mieux la cour et le tour des bâtiments, et accueillir les visiteurs dans un écrin moins rustique). Mais l’entrepreneur qui s’était engagé me laisse tomber : comme d’habitude les petits clients, qui servent de bouche-trou dans le planning, sont aussi ceux qu’on jette dès qu’un chantier plus intéressant se présente, sans se soucier des conséquences pour leur activité…
A deux, ou avec un peu de soutien extérieur, ce serait formidable développer le potentiel de cette ferme qui est incroyablement fonctionnelle pour ce type d’élevage (c’était la raison de mon coup de coeur début 2012).
Le foin à peine terminé il faut, comme chaque année entre mi-juin et mi-juillet, s’attaquer au nettoyage des parcelles pâturées, car les alpagas délaissent de nombreuses adventices qui prolifèrent et deviennent invasives si on ne les élimine pas (on peut le voir sur cette photo prise dans la pâture des femelles suitées le 8 juillet !), et entretenir les haies qui débordent elles aussi de plantes gênantes.
– arracher, pied par pied, à la main, les envahissantes parelles (ou rumex). Plantes certes supposées favorables à l’aération des sols, mais dont les graines très résistantes ont vite fait de transformer une prairie en jachère irrécupérable si on n’y prend garde. Cet arrachage est épuisant, car ces herbes ont de longues racines pivotantes, et il faut parfois juste se résigner à couper la tige à la base, juste pour l’empêcher de grainer.
Cette plante toxique prolifère sur les bords de routes sans que l’on s’en inquiète, et colonise ensuite les champs avoisinants grâce au vent ou transportée par les véhicules agricoles 🙁 Les alpagas ne la consomment pas sur pied, mais, comme les éleveurs équins, j’ai la hantise de la voir se développer sur mes prairies, et d’en retrouver dans le foin, car la dessication augmente sa toxicité, les alcaloïdes qu’elle contient détruisent progressivement le foie de manière irréversible.
– organiser un broyage méthodique des boutons d’or, de la porcelle, de diverses herbes non souhaitées, mais surtout des chardons, incroyablement nombreux cette année. Le chardon ne présente aucune toxicité, bien au contraire : cette plante a de nombreuses vertus médicinales, mais elle n’est pas consommée sur pied par les animaux, et ses graines qui peuvent être disséminées par le vent à des kilomètres de distance la rendent terriblement invasive pour les prairies et sols cultivés, au point que le code rural fait obligation de couper les chardons avant mi-juillet.
Dernier travail en date : la dalle de béton que je promettais depuis des mois aux p’tits gars pour leur écurie où l’eau s’infiltre à chaque grosse pluie : une vingtaine de m² (13 sacs de ciment, plus de 150 seaux de sable et de gravier remplis et vidés dans ma petite bétonnière, une quarantaine de brouettes de béton charriées… Merci à mes aides qui ont trimé dans la chaleur en ce 14 juillet !)
Par chance un créneau favorable a permis de faire une récolte d’excellent foin (moitié en petites bottes, moitié en rounds), l’alimentation de l’année à venir est assurée pour ma petite troupe !
La fenaison est toujours une période aussi stressante, surtout quand le vieux matériel semble chaque année sur le point de rendre l’âme…
Et les naissances continuent gentiment à ponctuer le printemps, les filles ont eu la sagesse de respecter mes consignes et d’attendre la fin des foins pour se libérer de leur fardeau ! C’est étonnant cette année, malgré l’absence d’hiver rigoureux la durée moyenne des gestations est beaucoup plus longue que les années précédentes, aucune n’a duré moins de 11 mois, plusieurs tutoient les 12 mois… Cette météo en folie perturbe les animaux autant que nous ! 🙁
Avec la tonte et les travaux de printemps, j
Début mai, deux journées intenses ont été consacrées à la tonte, comme chaque année : avec l’aide d’une équipe efficace, 60 alpagas ont été tondus en 2 jours par Pascal, tondeur émérite qui vient à Kerla depuis la création de l’élevage en 2012. J’ai gardé pour plus tard un petit groupe de femelles sur le point de mettre bas, que je ferai moi-même au fur et à mesure des naissances.

Grâce à l’aide de ma stagiaire Laura, ainsi que d’Isabelle et Julien en visite jeudi, j’ai pu tondre sereinement Qalypso, Léonie et Pitchoune, qui en éprouvent visiblement un grand soulagement !





Au niveau de l’élevage, l’année a été usante physiquement et moralement, avec une succession de problèmes incompréhensibles autour des mise-bas : torsions utérines à répétition, dystocies, crias au biberon… Je n’ai jamais vu une telle accumulation de coups du sort en 10 ans d’élevage ! Heureusement l’expérience acquise m’a permis de contrarier ce sort plus d’une fois cette saison, mais j’ose espérer que la loi des séries est satisfaite de s’être déchaînée sur ma petite ferme, d’avoir éprouvé ma résistance, et me laissera plus tranquille à l’avenir, car je ne me sens plus la force de revivre une année pareille 🙁
Ces rencontres sont importantes pour moi, car elles rompent mon isolement géographique et social, et la plupart du temps je garde d’excellents contacts, voire des liens amicaux, avec clients et stagiaires. Je reste à disposition permanente pour le suivi des animaux, et pour les questions qui peuvent venir après les stages, notamment sur les techniques de travail de la laine. J’adore recevoir des nouvelles des animaux vendus, des photos des réalisations faites avec mes laines, des travaux de filages faits par mes anciens stagiaires, et bien sûr des activités professionnelles créées par les uns ou les autres suite aux formations faites chez moi (c’est une énorme satisfaction, vous vous en doutez).