GÉRER les NAISSANCES
La gestation dure de 11 à 12 mois chez une alpaga, et de 11,5 à 13 mois chez une lama : la patience est donc de rigueur !
LA MISE-BAS :
Le bébé (appelé cria) est réputé naître presque toujours en journée, entre 10h et 16h, et par temps clément. Du moins l’atavisme le programmait pour ces naissances méridiennes, car dans son milieu de vie originel c’était la condition de sa survie : d’une part la mère ne peut pas lécher son petit, le cria doit pouvoir sécher naturellement au soleil avant d’affronter le froid de la nuit; et d’autre part dans les Andes les prédateurs de petits camélidés (les pumas surtout) chassent au crépuscule, heure à laquelle le jeune doit déjà pouvoir tenir solidement sur ses pattes pour ne pas servir de dîner.
Dans la réalité, nous constatons de plus en plus, en Europe du moins, que la fourchette horaire « normale » des naissances s’élargit très rapidement au fil des années, de tôt le matin à tard le soir, et il arrive même désormais des naissances de nuit non liées à des dystocies comme avant… Ce qui ne facilite pas la vie des éleveurs !
Une surveillance permanente est donc indispensable.
Il est préférable de laisser la femelle mettre bas au milieu du troupeau, si la météo le permet. Elle s’isole si elle le souhaite, mais la présence de ses congénères la rassure, et souvent ce sont les copines qui vont assurer les premiers contacts avec le bébé tout juste né.
La naissance est relativement rapide quand tout se passe bien.
Il faut surveiller à distance, et être prêt à intervenir en cas d’attitude de détresse laissant présager une dystocie.
Aider un peu la mère quand la mise-bas est longue et difficile permet de limiter sa fatigue et celle du cria, et aussi d’éviter le risque d’hypoxie pour le bébé.

2016 – Le premier cria de LIKYIA est très gros, elle a du mal à le faire passer, j’aide en tirant doucement à chaque contraction.
Voici la vidéo de la naissance du petit NÉRYS, le 30 septembre 2015 :
LES PREMIERS SOINS :
Les premiers soins au nouveau-né consistent en une série de gestes juste après la naissance :
- vérifier qu’il respire bien et que sa bouche est dégagée (passer un doigt dans la bouche)
- vérifier son intégrité (absence de malformation)
- désinfecter le cordon ombilical dans un bain de teinture d’iode
- injecter du Selenium pour booster son immunité (avant je donnais aussi de la vitamine D dès la naissance, mais désormais j’attends 3 semaines pour faire la 1ère injection, sauf si le cria est au biberon, car le lait de la mère apporte une dose de départ suffisante).
Si la météo n’est pas très bonne, frotter avec une serviette pour accélérer le séchage est une bonne chose. S’il fait venteux et humide, il ne faut pas hésiter à rentrer le bébé avec sa mère, le réchauffer au sèche-cheveux et le couvrir d’un manteau adapté.
Le port du manteau est conseillé les premiers jours si le temps est humide ou venteux (il existe des manteaux pour alpagas, mais les manteaux pour chiens conviennent très bien – taille 35 à 40cm pour un nouveau-né).
LE COLOSTRUM :
Il est important de surveiller la première tétée pour s’assurer que le cria absorbe le colostrum indispensable à sa bonne santé. Le défaut de colostrum entraînerait l’échec du transfert passif d’immunité de la mère au petit, qui se fait exclusivement via le colostrum, et non au cours de la gestation comme dans certaines espèces.
Si le cria n’a pas assez de forces pour téter, n’a pas le réflexe, ou si sa mère ne le laisse pas faire (fréquent chez les primipares qui se demandent ce qui leur arrive), il faut intervenir, car la prise du colostrum dans les 12 premières heures (idéalement le plus tôt possible après la naissance) est vitale pour le cria.
Il ne faut pas hésiter à traire la mère pour recueillir ce précieux premier lait (60ml minimum en plusieurs traites rapprochées si nécessaire), et le faire prendre au cria avec une seringue drogueuse ou, mieux, un biberon, qui va déclencher le réflexe de succion.
Une sonde stomacale est parfois nécessaire en cas d’absence de réflexe de succion, ou pour un cria trop faible (j’ai eu à le faire pour deux naissances, c’est un peu stressant, mais beaucoup moins compliqué qu’il n’y paraît)
Si le cria ne peut absorber de colostrum (notamment si la mère n’a pas de lait), du colostrum de substitution peut être utilisé. L’idéal est d’avoir au congélateur du colostrum prélevé sur d’autres femelles lors de naissances précédentes, ou du colostrum de chèvre ou de vache.
Faire préparer du plasma par son vétérinaire en cas d’échec du transfert d’immunité devrait devenir une habitude en France comme ça l’est en Angleterre : dans certains cas , seule l’injection de plasma peut sauver la vie du cria et éviter la septicémie foudroyante.
Mesurer les protéines totales dans le sang entre 36 et 48h de vie permet de savoir si le transfert d’immunité est suffisant ou non.
SURVEILLANCE DES 1ères 24h :
Côté soins, si tout va bien je ne fais rien de plus après la naissance pour laisser le lien maman/bébé se faire.
Surtout il faut éviter de céder à l’envie de manipuler et de cajoler le cria, pour ne pas créer d’imprégnation.
Je m’assure régulièrement que le cria tète bien, et qu’il n’y a pas de saignement ou de fuite d’urine au niveau du cordon ombilical.
Ces deux soucis sont arrivés plusieurs fois sur l’élevage, et il faut intervenir très vite :
– pour une hémorragie ombilicale, il faut clamper le cordon, ou le ligaturer (un fil de laine est parfait pour ça). Attention, l’hémorragie peut parfois survenir plusieurs heures après la naissance, quand le cria fait des efforts pour produire son méconium.
– en cas de fuite d’urine (persistance du canal de l’ouraque) il faut assécher régulièrement à la teinture d’iode, et si nécessaire faire une couverture antibiotique car c’est la voie d’infection la plus fréquente et le risque d’infection généralisée est très élevé.
Une opération chirurgicale peut être nécessaire si l’écoulement d’urine se poursuit plus de 24h.
FAIRE UNE COURBE DE POIDS :
L’idéal est de peser le cria le 1er jour pour pouvoir surveiller sa courbe de poids (il est normal qu’il perde un peu de poids le 2e et 3e jour, mais ensuite le gain doit être régulier). Un cria pèse en principe entre 6 et 10kg à la naissance. En-dessous de 5kg, il est considéré comme à risque et il faut une attention et des soins accrus (le petit Oméga ci-dessus – le cria gris avec le manteau – pesait seulement 4,3kg à la naissance et avait souffert d’hypoxie, un vrai challenge !)
Reste ensuite à savourer le plaisir de voir ce nouveau petit être s’ébattre dans le troupeau… et à lui trouver un nom 😉
***
Souvenirs… ETAPES D’UNE NAISSANCE : Kiwi, petit mâle gris, le 04/09/2012 :

11h48 : la tête et les pattes du cria apparaissent.

GILLIAN ne semble pas inquiète. Ce n’est pas son premier petit, elle sait ce qui lui arrive.

Gillian marche pour accélérer la mise-bas

11h50 : le cria est presque entièrement sorti.

Naissance…

11h51 : le bébé est au sol.

Les autres femelles flairent le bébé, mais la mère s’en désintéresse tant qu’il n’essaie pas de se lever pour téter.

13h45 : le petit Kiwi essaie enfin de se lever. La naissance rapide l’a épuisé.

14h17 : le petit bonhomme commence à gambader.

Tout va bien.
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Après un mois d’avril déjà très chaud et sec, 3 épisodes caniculaires intenses se sont succédés en moins de 2 mois depuis fin mai, et un 4e s’annonce pour terminer juillet en beauté 🙁