Élevage d'alpagas de qualité, au coeur du bocage mayennais
L’ÉDUCATION DES JEUNES
L’éducation des jeunes
Les petits camélidés, par nature, n’aiment pas le contact : ils se touchent peu entre eux, la mère ne lèche pas son petit (elle ne peut pas sortir sa langue), donc le cria ne percevra pas naturellement la caresse comme un geste apaisant, mais au contraire comme une agression stressante.
Il faut donc leur apprendre à accepter, puis à apprécier le contact humain, par une éducation calme, patiente et progressive : contact fréquent, désensibilisation pour accepter de se laisser toucher partout, immobilité pour les piqûres et les soins, licol, attache, promenade en longe. Et, pour les lamas : brossage, prise des pieds pour faire les ongles, tonte à l’attache…
Ils sont dociles une fois qu’ils ont compris ce qu’on attend d’eux et qu’ils nous font confiance.
Mais il importe de ne pas tomber dans l’extrême, c’est-à-dire une manipulation excessive qui entraîne une imprégnation de l’animal et des problèmes potentiels pour l’avenir, surtout avec les jeunes mâles.
Pour manipuler ou licoler son alpaga, il faut le faire rentrer dans un petit paddock prévu à cet effet. Le pré est son espace de vie, l’abri est son espace de repos, il faut respecter ces lieux. Toujours amené dans cet espace restreint dédié aux soins, il apprend vite à accepter les lubies de son propriétaire.
Un jeune animal proposé à la vente DOIT être manipulé, habitué à être palpé et touché sur tout le corps, à ce qu’on lui fasse les ongles ou des soins divers. Et bien sûr il doit être éduqué au licol et à la marche en longe.
Kara et Kokine font leurs premières sorties en longe – avril 2014
Les jeunes lamas, eux, sont brossés régulièrement et désensibilisés pour apprendre à supporter la tonte annuelle (alors qu’on évite de brosser les alpagas pour ne pas abîmer la toison).
Ils apprennent à donner les pieds et à monter dans le van, en vue de leur utilisation pour le loisir.
Ils sont promenés dans la ferme, puis à l’extérieur, pour leur faire découvrir le vaste monde…
Vivre d’une activité d’élevage, c’est inévitablement accepter de voir partir vers d’autres lieux les animaux qu’ont a fait naître et qu’on a chouchoutés.
Ces dernières semaines, 2 femelles gestantes ont rejoint les pâtures bretonnes d’un éleveur, et 2 duos de jeunes mâles castrés ont été accueillis dans leurs nouvelles familles et leurs copains castrés déjà sur place.
Ces départs sont loin d’être faciles à vivre, mais avec de la rigueur et de la sélectivité face aux demandes, la plupart du temps ce sont de belles rencontres et des familles sérieuses (particuliers ou éleveurs) qui accueillent les loulous, et me donnent des nouvelles ensuite.
BALTIK et BELLINO
D’office j’écarte toutes les demandes d’animaux « pour faire un cadeau », sauf si le destinataire vient lui-même choisir et se former, ainsi que les demandes se résumant à la recherche d’une peluche à cajoler ou d’un jouet pour les enfants : l’image de l’alpaga peluche a hélas fait énormément de mal, et les « éleveurs » qui se montrent avec des crias dans les bras ou faisant de gros câlins n’y sont pas pour rien.
J’écarte aussi les demandes impolies, sèches, désagréables, les personnes qui prennent de haut mes questions légitimes sur les conditions d’accueil des animaux et sur leur connaissance des alpagas : non, avoir des moutons depuis 10 ans n’implique pas du tout la capacité à s’occuper correctement d’alpagas ! (je dirais même « au contraire », car appliquer aux alpagas les soins donnés aux moutons, c’est aller vers de gros soucis). Et non un alpaga qui vit seul avec un copain bouc ou bélier ne sera pas heureux. Et non, un mâle castré avec une femelle, ce n’est pas éthique (même si parfois « ça marche », le principe de précaution doit s’appliquer car la femelle peut en pâtir gravement).
J’écarte aussi toutes les demandes visant à acquérir des reproducteurs « pour s’amuser à faire naître ». Aux particuliers, je ne vends que des mâles castrés, ou, si le feeling est bon, des femelles écartées de la reproduction : pour ces dernières je suis très inquisitrice sur les objectifs de l’acheteur, car la stérilisation n’étant pas envisageable, il y a toujours le risque qu’on tente de les faire reproduire, c’est vrai. Mais une personne sérieuse comprend les risques et s’abstient.
Bizarrement c’est avec des éleveurs que j’ai eu les plus mauvaises expériences (je ne m’étendrai pas sur le sujet). C’est pourquoi à présent je vends les femelles de manière très sélective, et je castre quasiment tous mes mâles, même des très bons. L’expérience m’a hélas démontré que l’avenir d’un jeune mâle castré partant dans une bonne maison est beaucoup plus rose que celui d’un mâle vendu pour la reproduction qui passera de main en main, et hélas pas toujours dans de bonnes mains 🙁
D’ailleurs ce qui est amusant, c’est qu’auparavant, comme tous les éleveurs, j’espérais toujours voir naître plus de femelles que de mâles (normal, une femelle de qualité « rapportera plus »), mais désormais cela m’importe peu. A la limite je préfère même voir naître plus de mâles, qui castrés auront une vie sympa en groupe (si la maison est bien choisie) pour le loisir, la médiation, les balades…
Ainsi sur mes 12 crias mâles de 2024 (pour seulement 5 femelles), 1 seul n’a pas été castré : il reste ici comme futur reproducteur. Les autres sont partis ou vont bientôt partir pour le loisir.
Bien sûr économiquement c’est beaucoup moins « rentable » de faire ces choix, puisqu’un mâle castré, même très beau, est vendu moins de la moitié du prix qu’il pourrait atteindre s’il était proposé comme reproducteur. Mais cela me procure beaucoup plus de satisfactions.
En réalité, comme je l’ai écrit déjà à plusieurs endroits de mon site, faire naître pour vendre m’est de plus en plus difficile moralement. Je n’ai pas le choix pour le moment que de continuer – en réduisant progressivement -, car j’ai peu d’options de diversification sur ma ferme et je suis trop proche de la retraite maintenant pour repartir sur un nouveau projet.
Donc ne m’en voulez pas quand vous me contactez pour vous renseigner sur des animaux disponibles à la vente : je vous poserai des questions, je me montrerai plutôt exigeante sur les conditions d’accueil, et je me réserve le droit de refuser une vente, par souci de bien-être animal.