L'ALBUM de KerLA
La ferme devenue KerLA était une exploitation à l’abandon quand j’y ai posé mes valises en avril 2012.
Elle était depuis 2003 aux mains d’un Anglais frappadingue qui avait tout laissé partir à vau l’eau,
se contentant d’un bricolage catastrophique et hélas bien maquillé dans la maison d’habitation.
Je n’ai pas pris conscience, en m’installant ici, des années de travail intense qui m’attendaient :
j’étais trop contente d’avoir ENFIN trouvé une exploitation qui correspondait à mes critères
de prix, de surface, de disposition des terres et avec des bâtiments aménageables pour les animaux.
Nous voici au beau milieu de 2026, et je travaille toujours d’arrache-pied à entretenir cette ferme
avec mes petits moyens matériels et ce qu’il me reste d’énergie, étant entrée à présent dans la soixantaine.
Cela en sachant qu’étant agricultrice il me faudra abandonner ce lieu dans quelques années,
puisque je n’ai pas le droit de garder des terres agricoles à la retraite…
Je dois donc songer à transmettre la ferme d’ici 3 à 5 ans et partir ailleurs,
c’est pourquoi j’ai commencé à réduire peu à peu la taille de l’élevage depuis fin 2024.
Si je me retourne sur ces 14 années d’une vie consacrée aux animaux,
j’y vois un travail quotidien acharné sans beaucoup de soutien ni d’encouragements,
le sacrifice de toute vie sociale, l’épuisement de ne jamais pouvoir déconnecter même une seule journée,
de la tristesse parfois et du découragement souvent, des larmes dans la solitude,
mais j’y vois aussi une vie qui correspond, malgré sa difficulté, à mes aspirations profondes ;
des moments de pur bonheur, de grandes satisfactions, de belles rencontres,
des transmissions gratifiantes de connaissances sur les alpagas et le travail de la laine…
Rien de grandiose dans ce que j’ai réalisé sur cette ferme :
toute personne avec un compte en banque un peu garni aurait fait beaucoup mieux en 6 mois de temps !
Mais j’ai la satisfaction d’avoir construit à la force de mes bras ce petit havre de paix,
j’ai affronté les challenges de l’élevage et j’ai réussi à en vivre
tout me battant pour l’éthique et le bien-être animal,
avec une toute petite poignée d’amis fidèles dont le soutien m’a permis de poursuivre le rêve
malgré les embûches et les passages difficiles.
Je n’écris pas ces mots pour me faire plaindre :
ce sont mes choix, je les ai toujours assumés, et je les assume sans regrets.
Mais face à la jalousie, aux paroles mauvaises, hostiles ou envieuses de certains,
particulièrement dans le milieu imbuvable des éleveurs,
ou face à l’incompréhension de ma famille sur mon mode de vie,
il n’est pas toujours facile de rester sereine et de poursuivre sa route.
Est-ce que l’aventure en valait le coup et le coût ?
Est-ce que je recommencerais s’il m’était donné de remonter le temps ?
Sans aucun doute !
Pas ici, pas comme ça, et en étant moins naïve sur les gens et leurs intentions !
J’ai appris un peu tard de mes erreurs d’appréciation, mais j’aime ce que je fais.
Pouvoir vivre en osmose avec la nature et les animaux, dans notre monde actuel, c’est un privilège.
Et mesurer le chemin parcouru permet de panser certaines plaies.
Quelques images d’abord pour donner un aperçu de l’état des lieux à mon arrivée, au printemps 2012…
Petit aperçu maintenant des travaux menés au fil des années pour aménager les locaux d’élevage.
Le gros oeuvre et travaux lourds ou délicats (réfection de toitures hautes, terrassement, électricité…) réalisés par des artisans, mais tout le second oeuvre, les finitions et les aménagements d’élevage (bardage, cloisons, clôtures, petits abris…) par moi-même, seule ou avec un aide embauché en TESA, parfois un coup de main amical.
Merci tout particulier à 2 personnes qui m’ont permis de ne pas tout abandonner en cours de route : René, ouvrier agricole en TESA, toujours là pour travailler et dépanner tant que sa santé le lui a permis ; et bien sûr mon ami Philippe, toujours au rendez-vous malgré les kilomètres, soutien indéfectible sans qui KerLA n’existerait plus depuis longtemps…
Après un mois d’avril déjà très chaud et sec, 3 épisodes caniculaires intenses se sont succédés en moins de 2 mois depuis fin mai, et un 4e s’annonce pour terminer juillet en beauté 🙁