Chaque année je me dis qu’à l’automne, une fois les naissances terminées, j’aurai davantage de temps pour me consacrer aux travaux d’entretien de la ferme, au travail de la laine, aux déplacements que je reporte sans cesse…
Et puis chaque année à l’automne, le temps disponible semble se réduire, à l’aune de la durée du jour…

ROSÉE et son adorable THALIE, dernier cria de l’année
Plus de naissances pour cette année, certes (la dernière a eu lieu mi-octobre, ma belle Rosée a tenu à me faire patienter avant de me laisser découvrir l’adorable petite femelle blanche qu’elle concoctait), mais une multitude de travaux tous plus urgents les uns que les autres, en particulier sur les clôtures : 10 ans, c’est la moyenne de durée vie des piquets dans dans ce sol argileux… Et comme la plus grande partie des clôtures ont été posées à l’installation, tout se trouve à refaire en même temps.
Donc depuis 2 ans, ma priorité à l’automne et au printemps est de reprendre les clôtures, parc après parc. Sans main d’oeuvre et sans gros matériel, avec juste une cloche pour enfoncer les nouveaux piquets, autant dire que c’est un travail de longue haleine et épuisant. Mais je n’ai pas le choix.
Et comme chaque automne aussi, avec les accès de mauvais temps, des problèmes ou des insuffisances se révèlent au niveau des abris et des bâtiments : courants d’air, protection insuffisante, infiltration d’eau quand il pleut fortement… Il faut y remédier au cas par cas, pour le confort des animaux… Je sais ce que seront mes travaux hivernaux cette année ! Moi qui espérais pouvoir enfin me consacrer à des améliorations à l’intérieur de la maison, ce sera encore reporté 🙁 Je viens de passer le week-end dernier à remanier les pignons de l’écurie des filles, profitant de ce qu’il n’y avait pas de stage.
Car cette automne est aussi ponctuée par un nombre inhabituel de stages de 1 ou 2 jours : rattrapage des stages reportés par le COVID en 2020 et début 2021, mais aussi forte demande, aussi bien pour les stages de découverte des alpagas que pour les stages laine. Bien sûr je ne vais pas m’en plaindre : j’adore ces week-end d’échange et de convivialité, occasion de rencontres étonnantes et passionnantes. Ces journées de stage finissent souvent bien au-delà des horaires établis, et en conséquence je dois assurer les soins aux animaux très tôt et très tard dans la journée, et j’ai aussi un gros travail de nettoyage des écuries les lundis après les stages. C’est un rythme épuisant, mais tant que physiquement et moralement je m’en sens capable, je continue.
Et pour terminer avec les animaux, puisqu’ils sont le coeur de l’activité, sa raison d’être et aussi ma raison de vivre, il me fallait cet automne décider des alpagas à proposer à la vente. Des décisions toujours très difficiles à prendre. Si je le pouvais, je ne vendrais aucun d’entre eux, je le répète souvent. Mais je suis éleveur, j’ai des charges à payer, je dois vivre de mon activité… Je ne fais naître qu’un nombre d’animaux correspondant aux besoins de mon activité, je ne cherche surtout pas à multiplier les naissances, à produire inutilement et à vendre pour vendre, et par bonheur je travaille avec une clientèle qui s’informe, prend très au sérieux la qualité de vie à apporter aux alpagas, et mes loulous sont bien partout où ils vont, c’est essentiel pour moi.
Les partants de cette fin d’année sont les jeunes mâles que j’ai fait castrer à l’automne, tous à destination loisir dans de très bonnes maisons (en Vendée et en Aveyron), et des jeunes femelles qui partent rejoindre un élevage dans l’Allier. Pour les autres, on attendra le printemps 🙂

SAXO de la Montagne, né en juillet 2019, fils d’ARTEMIS du Fontenelle : un jeune entier très prometteur
Et je n’oublie pas de présenter le petit nouveau dans l’élevage, une arrivée imprévue liée à un concours de circonstances, mais tout à fait bienvenue : le magnifique Saxo de la Montagne, mâle de 2 ans 1/2 aux origines excellentes (fils du triple suprême champion Artémis du Fontenelle), qui je l’espère pourra commencer sa carrière de reproducteur au printemps 2022 🙂

Le dernier week-end de septembre, par exemple, chouette stage de deux jours sur les alpagas (découverte et approfondissement), avec 7 participants. La météo capricieuse a juste impliqué quelques changements dans l’ordre du programme pour passer entre les gouttes pour les activités en extérieur.
Ce 31 août ils l’ont exécuté dans des conditions ignobles, un véritable supplice pour l’animal et pour son entourage.
Géronimo est-il mort dans le van avant d’arriver à destination, à cause de ce traitement inhumain, comme beaucoup le supposent ? Comment l’ont-ils sacrifié sur l’autel d’une science truquée ? On ne peut qu’imaginer la terreur vécue par le pauvre animal dans ses derniers moments, aux mains de bouchers insensibles et cruels totalement incompétents pour manipuler un alpaga de manière éthique, même au moment de l’envoyer à la mort.
J’en profite pour remercier une fois encore toutes ces personnes qui viennent, parfois de très loin, participer à mes stages, et découvrir au passage les jolis villages mayennais alentours (Ste Suzanne, Saulges, St Pierre sur Erve…)


Période de fenaison épuisante physiquement et nerveusement. Pour la première fois cette année j’en ai fait une grande partie seule, et j’ai assumé de bout en bout le processus, du fauchage au pressage, y compris l’épuisant ballet d’attelage/dételage du vieux matériel qui casse le dos et fait perdre des litres de sueur ! Mais j’ai mesuré comme jamais à quel point ce sont des moments privilégiés de rapprochement avec nos racines, avec le sens de la vie, avec la nature. Par moments, seule sur mon tracteur, entre bois et champs, sans personne aux alentours, j’ai eu une sensation de plénitude, de réalisation. Cette herbe que je fauche, fane et mets en bottes, avec ses incroyables parfums, elle assure la nourriture de mes animaux pour l’année à venir, elle contribue à la pérennité de mon activité, et déjà elle renaît, elle repousse à peine coupée (je veille à ne pas faucher trop court pour favoriser cette repousse, surtout dans les parcelles que les animaux vont pâturer pendant l’été)…
Une ou deux fois par an j’envoie un lot de belles toisons soigneusement triées en micro-filature (la Bardine, en Gironde), et quelques mois plus j’ai le plaisir de recevoir un gros colis avec ces fibres transformées selon mes souhaits, pour les proposer en boutique à côté de mes laines filées main.

L’arrivage de fin mai comprend des toisons cardées en ruban à destination des fileuses, de superbes fils mèches et du fil 3 brins somptueux en mélange fauve et gris (un mix que j’adore).
Comme d’habitude, la tonte réalisée sur deux jours par Pascal, tondeur émérite, s’est parfaitement bien passée, avec l’aide précieuse des deux Philippe ! Des alpagas incroyablement calmes et zen, quasiment aucun crachat de protestation ou plainte contre leur traitement indigne… Car oui, les photos des alpagas mis en contention choquent souvent, pourtant il s’agit à mon sens de la manière la plus rapide et sécurisée de tondre les alpagas, avec un stress minimum si on le fait avec douceur et respect permanent de l’animal (pas comme on le voit faire sur certaines videos, hélas).








Donc le 22 avril, j’ai eu – pour la première fois en 10 saisons d’élevage – ce qu’on appelle un « grand prématuré », un cria né à moins de 300 jours. Une petite femelle si minuscule et fragile que j’ai cru que c’était un avorton quand elle a vu le jour. Naissance normale, en fin de matinée, mais beaucoup trop précoce. Sa mère, primipare, avait visiblement souffert de la chaleur les jours précédents : est-ce ce qui a déclenché la mise bas prématurée ? Impossible de le savoir.
Je croise les doigts, nous sommes au 3e jour et elle est toujours là. Je sais que rien n’est gagné, qu’elle peut crasher à tout moment, que le colostrum n’a peut être pas pu être assimilé par son organisme fragile et que l’absence d’immunité est une épée de Damoclès sur sa tête… hélas je n’ai pas de plasma à lui donner pour assure à coup sûr son immunité. Chez les éleveurs anglo-saxons, c’est devenu une évidence de collecter du sang, extraire et stocker du plasma en début de saison, de doser les IgG à chaque naissance difficile et de donner du plasma au cria, mais ici c’est un parcours du combattant 🙁
Elle dors la nuit dans un bac dans la maison, avec des bouillotes, et passe ses journées au soleil, à l’abri du vent, avec un petit biberon toutes les 2h.


La vie de l’élevage suit son cours en cette fin d’hiver si clémente… 

















Samedi dernier, c’est mon vieux Lightfoot Maldoone, 18 ans, qui a tiré sa révérence. Ce fier mâle gris à la robe rare a été le pilier de mes débuts en élevage. Son départ, c’est une page qui se tourne…
Mon Maldoone, je t’avais promis que tu finirais ta vie ici, j’espère qu’elle a été heureuse. Tu m’as laissé plein de descendants avec ta jolie couleur et tu leur as transmis la finesse si durable de ta fibre. Merci mon grand bonhomme.
Mais être éleveur implique forcément qu’à un moment ou à un autre il faut vendre une partie au moins de ces animaux qu’on a fait naître… Savoir que mes alpagas ne finiront pas dans l’assiette est rassurant, mais hélas avec l’engouement croissant pour les alpagas, de plus en plus de personnes veulent en acquérir sans s’informer correctement sur leurs spécificités et leurs besoins, ou ne tiennent pas compte des conseils, et font le malheur des animaux par leur incompétence et/ou leur bêtise 🙁
La grande nouveauté a été le stage ostéo du 3 octobre, organisé avec l’AFLA, brillamment préparé et animé par Frederik, vétérinaire-ostéo qui parvient à rendre limpides des notions complexes !
Et la co-star de cette journée a été ma petite Shamane, encore si fragile après sa naissance dramatique le dimanche précédent en plein milieu d’un stage avec 7 personnes…


Le vétérinaire de garde, secondé par plusieurs stagiaires qui se sont improvisés auxiliaires vétérinaires, a effectué une laparotomie pour recoudre le mésentère déchiré et la paroi utérine. Mais malgré le succès de l’opération la couleur violacée de certaines anses intestinales laissait peu d’espoir : entre péritonite avancée et choc opératoire, l’espoir était ténu pour ma courageuse Patience.
Garder en vie la petite de Patience, prénommée SHAMANE, a été un challenge pendant les 15 premiers jours : infection respiratoire et problèmes digestifs cumulés, elle a crashé le 5e jour et j’ai bien cru que c’était la fin. Mais avec l’aide de mon véto, le soutien et les conseils des amis, on a défié le sort, et on s’accroche : elle va s’en sortir la belle, pour mettre fin à cette spirale infernale ! On y croit !

Les naissances se sont poursuivies, avec un ratio mâles/femelles étonnamment en faveur des femelles (j’ai plutôt l’habitude d’avoir une majorité de mâles, au mieux un équilibre, mais jamais je n’ai eu une année avec une majorité de femelles… J’espère que les dernières naissances vont confirmer la tendance !).










