Au rythme où je complète les actualités de ce Blog depuis quelques mois, cet article risque fort d’être le dernier de 2021 ! Alors j’en profite pour un petit bilan pêle-mêle de cette année en demi-teinte et bien compliquée…
Le contexte général, pas la peine que je le décrive, tout le monde est dans le même bateau de cette folie Covid et d’un monde qui change à vitesse grand V, avec une société dont l’évolution me semble à la fois fascinante et effrayante. Plus que jamais je suis contente de mener cette vie isolée au fond de mon coin de campagne, loin, très loin de l’agitation ambiante, mais où Internet me permet évidemment de ne pas perdre le fil des événements.
Au niveau de l’élevage, l’année a été usante physiquement et moralement, avec une succession de problèmes incompréhensibles autour des mise-bas : torsions utérines à répétition, dystocies, crias au biberon… Je n’ai jamais vu une telle accumulation de coups du sort en 10 ans d’élevage ! Heureusement l’expérience acquise m’a permis de contrarier ce sort plus d’une fois cette saison, mais j’ose espérer que la loi des séries est satisfaite de s’être déchaînée sur ma petite ferme, d’avoir éprouvé ma résistance, et me laissera plus tranquille à l’avenir, car je ne me sens plus la force de revivre une année pareille 🙁
Sur un plan positif, cette saison semée d’embûches m’a aussi offert de magnifiques crias très prometteurs, mâles et femelles à égalité 🙂
Et cette année a été plus riche que jamais de rencontres passionnantes, avec les clients venus m’acheter des animaux, ainsi qu’avec les participants aux stages que j’ai proposés tout au long de l’année (stages qui ont quasiment tous affiché complet, et où sans exception l’ambiance de travail a été conviviale et sympathique) !
Ces rencontres sont importantes pour moi, car elles rompent mon isolement géographique et social, et la plupart du temps je garde d’excellents contacts, voire des liens amicaux, avec clients et stagiaires. Je reste à disposition permanente pour le suivi des animaux, et pour les questions qui peuvent venir après les stages, notamment sur les techniques de travail de la laine. J’adore recevoir des nouvelles des animaux vendus, des photos des réalisations faites avec mes laines, des travaux de filages faits par mes anciens stagiaires, et bien sûr des activités professionnelles créées par les uns ou les autres suite aux formations faites chez moi (c’est une énorme satisfaction, vous vous en doutez).
Hélas, comme ça arrive à tous les éleveurs, certains acheteurs (rares, heureusement) ne me voient que comme une source d’infos open bar permanente et gratuite : ces clients-là ne font surtout pas mention de l’éleveur de leurs animaux sur les réseaux et du suivi que je leur apporte, ne font pas l’effort d’un avis sur leur expérience auprès de moi, mais en revanche ils n’hésitent pas à abuser de la situation par des exigences d’infos et de conseils bien au-delà du suivi des animaux acquis … Parfois il faut mettre le holà et faire comprendre que la disponibilité a des limites, et là c’est mal perçu, je deviens la méchante 🙁
Je m’efforce pourtant d’être disponible 24h/24 pour toute demande urgente concernant les animaux, même s’ils ne viennent pas de chez moi, c’est déjà beaucoup de temps offert chaque semaine. Je participe aussi activement aux forums spécialisés.
Mais est-ce difficile à comprendre qu’être éleveur professionnel et publier beaucoup d’infos sur mon site ne signifie pas que je suis pour autant à disposition de chacun pour la moindre demande ayant plus ou moins trait aux petits camélidés ou au travail de la laine ? Je dois me préserver, et de plus en plus, car à mesure que les années passent la fatigue s’installe… Je suis seule sur la ferme pour assurer toutes les tâches de A à Z, et je consacre beaucoup de temps et d’énergie à acquérir et compléter ces connaissances professionnelles qu’on me demande ensuite d’offrir sur un plateau indifféremment par téléphone, par mail, par SMS, par Messenger… C’est frustrant et usant d’être sollicitée pour répondre à de longues listes de questions, par écrit ou par téléphone, soumises par des inconnus parfois à peine polis dans leur demande, ou pour répondre à des questions basiques qu’une simple recherche sur Google aurait élucidée, et dont les réponses sont souvent déjà sur mon site…
C’est pourquoi j’envisage (sur les conseils avisés d’amis et de proches), de proposer bientôt un service de conseils payants, par téléphone ou en visio, selon les besoins. Cela me permettra de prendre le temps nécessaire pour répondre de manière détaillée aux questions relatives à l’élevage d’alpagas ou au travail de la laine (sauf bien sûr celles relevant du suivi ds animaux vendus, d’urgences, ou d’échanges de compétences entre éleveurs pro).
Après tout, quand j’ai besoin d’aide en informatique, je souscris à un forfait de formation auprès d’un entrepreneur en conseil à distance : je paie son temps de travail et ses compétences, et c’est tout à fait normal ! Pourquoi devrais-je offrir (souvent sans remerciement en retour) mes propres connaissances professionnelles parfois si chèrement acquises ?

Et comme chaque automne aussi, avec les accès de mauvais temps, des problèmes ou des insuffisances se révèlent au niveau des abris et des bâtiments : courants d’air, protection insuffisante, infiltration d’eau quand il pleut fortement… Il faut y remédier au cas par cas, pour le confort des animaux… Je sais ce que seront mes travaux hivernaux cette année ! Moi qui espérais pouvoir enfin me consacrer à des améliorations à l’intérieur de la maison, ce sera encore reporté 🙁 Je viens de passer le week-end dernier à remanier les pignons de l’écurie des filles, profitant de ce qu’il n’y avait pas de stage.
Car cette automne est aussi ponctuée par un nombre inhabituel de stages de 1 ou 2 jours : rattrapage des stages reportés par le COVID en 2020 et début 2021, mais aussi forte demande, aussi bien pour les stages de découverte des alpagas que pour les stages laine. Bien sûr je ne vais pas m’en plaindre : j’adore ces week-end d’échange et de convivialité, occasion de rencontres étonnantes et passionnantes. Ces journées de stage finissent souvent bien au-delà des horaires établis, et en conséquence je dois assurer les soins aux animaux très tôt et très tard dans la journée, et j’ai aussi un gros travail de nettoyage des écuries les lundis après les stages. C’est un rythme épuisant, mais tant que physiquement et moralement je m’en sens capable, je continue.

Le dernier week-end de septembre, par exemple, chouette stage de deux jours sur les alpagas (découverte et approfondissement), avec 7 participants. La météo capricieuse a juste impliqué quelques changements dans l’ordre du programme pour passer entre les gouttes pour les activités en extérieur.
Ce 31 août ils l’ont exécuté dans des conditions ignobles, un véritable supplice pour l’animal et pour son entourage.
Géronimo est-il mort dans le van avant d’arriver à destination, à cause de ce traitement inhumain, comme beaucoup le supposent ? Comment l’ont-ils sacrifié sur l’autel d’une science truquée ? On ne peut qu’imaginer la terreur vécue par le pauvre animal dans ses derniers moments, aux mains de bouchers insensibles et cruels totalement incompétents pour manipuler un alpaga de manière éthique, même au moment de l’envoyer à la mort.
J’en profite pour remercier une fois encore toutes ces personnes qui viennent, parfois de très loin, participer à mes stages, et découvrir au passage les jolis villages mayennais alentours (Ste Suzanne, Saulges, St Pierre sur Erve…)


Période de fenaison épuisante physiquement et nerveusement. Pour la première fois cette année j’en ai fait une grande partie seule, et j’ai assumé de bout en bout le processus, du fauchage au pressage, y compris l’épuisant ballet d’attelage/dételage du vieux matériel qui casse le dos et fait perdre des litres de sueur ! Mais j’ai mesuré comme jamais à quel point ce sont des moments privilégiés de rapprochement avec nos racines, avec le sens de la vie, avec la nature. Par moments, seule sur mon tracteur, entre bois et champs, sans personne aux alentours, j’ai eu une sensation de plénitude, de réalisation. Cette herbe que je fauche, fane et mets en bottes, avec ses incroyables parfums, elle assure la nourriture de mes animaux pour l’année à venir, elle contribue à la pérennité de mon activité, et déjà elle renaît, elle repousse à peine coupée (je veille à ne pas faucher trop court pour favoriser cette repousse, surtout dans les parcelles que les animaux vont pâturer pendant l’été)…
Une ou deux fois par an j’envoie un lot de belles toisons soigneusement triées en micro-filature (la Bardine, en Gironde), et quelques mois plus j’ai le plaisir de recevoir un gros colis avec ces fibres transformées selon mes souhaits, pour les proposer en boutique à côté de mes laines filées main.

L’arrivage de fin mai comprend des toisons cardées en ruban à destination des fileuses, de superbes fils mèches et du fil 3 brins somptueux en mélange fauve et gris (un mix que j’adore).
Comme d’habitude, la tonte réalisée sur deux jours par Pascal, tondeur émérite, s’est parfaitement bien passée, avec l’aide précieuse des deux Philippe ! Des alpagas incroyablement calmes et zen, quasiment aucun crachat de protestation ou plainte contre leur traitement indigne… Car oui, les photos des alpagas mis en contention choquent souvent, pourtant il s’agit à mon sens de la manière la plus rapide et sécurisée de tondre les alpagas, avec un stress minimum si on le fait avec douceur et respect permanent de l’animal (pas comme on le voit faire sur certaines videos, hélas).








Donc le 22 avril, j’ai eu – pour la première fois en 10 saisons d’élevage – ce qu’on appelle un « grand prématuré », un cria né à moins de 300 jours. Une petite femelle si minuscule et fragile que j’ai cru que c’était un avorton quand elle a vu le jour. Naissance normale, en fin de matinée, mais beaucoup trop précoce. Sa mère, primipare, avait visiblement souffert de la chaleur les jours précédents : est-ce ce qui a déclenché la mise bas prématurée ? Impossible de le savoir.
Je croise les doigts, nous sommes au 3e jour et elle est toujours là. Je sais que rien n’est gagné, qu’elle peut crasher à tout moment, que le colostrum n’a peut être pas pu être assimilé par son organisme fragile et que l’absence d’immunité est une épée de Damoclès sur sa tête… hélas je n’ai pas de plasma à lui donner pour assure à coup sûr son immunité. Chez les éleveurs anglo-saxons, c’est devenu une évidence de collecter du sang, extraire et stocker du plasma en début de saison, de doser les IgG à chaque naissance difficile et de donner du plasma au cria, mais ici c’est un parcours du combattant 🙁
Elle dors la nuit dans un bac dans la maison, avec des bouillotes, et passe ses journées au soleil, à l’abri du vent, avec un petit biberon toutes les 2h.


La vie de l’élevage suit son cours en cette fin d’hiver si clémente… 

















Samedi dernier, c’est mon vieux Lightfoot Maldoone, 18 ans, qui a tiré sa révérence. Ce fier mâle gris à la robe rare a été le pilier de mes débuts en élevage. Son départ, c’est une page qui se tourne…
Mon Maldoone, je t’avais promis que tu finirais ta vie ici, j’espère qu’elle a été heureuse. Tu m’as laissé plein de descendants avec ta jolie couleur et tu leur as transmis la finesse si durable de ta fibre. Merci mon grand bonhomme.
Mais être éleveur implique forcément qu’à un moment ou à un autre il faut vendre une partie au moins de ces animaux qu’on a fait naître… Savoir que mes alpagas ne finiront pas dans l’assiette est rassurant, mais hélas avec l’engouement croissant pour les alpagas, de plus en plus de personnes veulent en acquérir sans s’informer correctement sur leurs spécificités et leurs besoins, ou ne tiennent pas compte des conseils, et font le malheur des animaux par leur incompétence et/ou leur bêtise 🙁
La grande nouveauté a été le stage ostéo du 3 octobre, organisé avec l’AFLA, brillamment préparé et animé par Frederik, vétérinaire-ostéo qui parvient à rendre limpides des notions complexes !
Et la co-star de cette journée a été ma petite Shamane, encore si fragile après sa naissance dramatique le dimanche précédent en plein milieu d’un stage avec 7 personnes…


Le vétérinaire de garde, secondé par plusieurs stagiaires qui se sont improvisés auxiliaires vétérinaires, a effectué une laparotomie pour recoudre le mésentère déchiré et la paroi utérine. Mais malgré le succès de l’opération la couleur violacée de certaines anses intestinales laissait peu d’espoir : entre péritonite avancée et choc opératoire, l’espoir était ténu pour ma courageuse Patience.
Garder en vie la petite de Patience, prénommée SHAMANE, a été un challenge pendant les 15 premiers jours : infection respiratoire et problèmes digestifs cumulés, elle a crashé le 5e jour et j’ai bien cru que c’était la fin. Mais avec l’aide de mon véto, le soutien et les conseils des amis, on a défié le sort, et on s’accroche : elle va s’en sortir la belle, pour mettre fin à cette spirale infernale ! On y croit !